Intérêts et limites de l’apprentissage par coeur

"Je me présente succintement : je suis infirmière depuis 12 ans et j'ai décidé de commencer une licence de psycho par le biais de l'IED Paris 8.

Pour faire court, je suis depuis 3 mois en expatriation au Cambodge avec mari et enfants. Sachant cela, j'ai déjà acheté les PUF qui sont fournis par L'IED et j'ai commencé à étudier à partir du mois d'août  les chapitres donnés pour la L1. J'ai eu la chance d'avoir des équivalences : 21 ECTS sur 60.

Ma question est la suivante : je fréquente un forum d'entraide pour étudiants. Et d'après l'expérience de certains en L3 ou master, il faut tout connaître des PUFS. Alors le conseil majoritaire est de résumer tous les chapitres et d'en apprendre le plus par coeur. En 1ère année de psycho ce qu'on demande c'est de tout restituer mot pour mot !

Pour l'instant, je n'ai pas résumé mes cours. J'apprends les concepts essentiels, les dates, les auteurs, les expériences. J'ai réussi à faire une mind map sur l'apprentissage.

Est ce que vous pensez que cette méthode est la meilleure en 1ère année de psycho (apprendre tout par coeur) ? Ou avez-vous fait autrement?

Car si on fait des fiches c'est justement pour être synthéthique non?

Je pensais faire des mind maps et des fiches de révisions selon vos conseils mais du coup je crains de "survoler" les cours."

 

Comment apprendre efficacement dans les premières années d'un cursus ?

Pour beaucoup d'étudiants, l'apprentissage par coeur est extrêmement rébarbatif. Il s'agit d'une activité qui demande des efforts conséquents (surtout quand le contenu à mémoriser est dense et volumineux).

Mais comment faire autrement si les évaluations portent sur des questions qui demandent de restituer mot pour mot ce qui est écrit dans le cours ?

On peut néanmoins s'interroger :

– Réciter le contenu exact d'un manuel ou ce que "le prof a dit" est-il réellement ce qui est attendu des examinateurs au moment des examens ?

– Si une notion est comprise et exposée correctement, l'étudiant n'a-t-il pas la liberté d'employer ses propres mots et tournures de phrase ?

– Cependant, "les mots de l'étudiant" permettent-ils de présenter une théorie avec autant de pertinence que "les mots d'un expert" ?

 

Tout comme Marianne, j'ai étudié la psychologie (et je suis donc passée par les enseignements et les examens des premières années du cursus…).

Mais je suis aujourd'hui enseignante. Et j'ai enseigné la psychologie en Licence, et corrigé des examens.

Quels conseils donner pour travailler efficacement en première année ?

 

Pourquoi apprendre vos cours par coeur peut-il vous permettre d'obtenir de très bons résultats à vos examens ?

En général, les premières années d'un cursus universitaire sont consacrées aux connaissances de base dans toutes les matières qui composent la discipline.

En première année d'Histoire à la Sorbonne, j'ai dû choisir un cours dans chacune des grandes périodes : Histoire antique, Histoire médiévale, Histoire moderne et Histoire contemporaine.

En première année de Science Politique, j'ai suivi des cours d'introduction en Droit, Sociologie et Histoire contemporaine.

En première année de Psychologie, j'ai eu des cours de Neurosciences, de Psychologie sociale, de Psychologie clinique et psychopathologie ou encore de Psychologie cignitive.

 

L'apprentissage par coeur est ainsi d'autant plus rébarbatif que toutes les matières ne vous intéressent pas forcément. Progressivement (si ce n'est pas déjà fait), vous allez avoir envie d'approfondir certaines matières ou certaines thématiques, et fournir le minimum de travail pour obtenir vos examens dans d'autres.

Il serait donc bienvenu qu'un mode d'apprentissage un peu plus stimulant que la mémorisation de phrases entières au mot près vous permettent d'obtenir des résultats satisfaisants. 

 

  • Qu'est-il attendu des étudiants au moment des examens ?

Dans le cadre des cours dispensés dans les premières années du cursus, les enseignants attendent en général des étudiants qu'ils montrent qu'ils ont compris les notions et théories présentées dans le cadre du cours.

Il ne s'agit pas, dans la plupart des cas, de construire une argumentation personnelle, mais effectivement de restituer un contenu.

Les questions posées sont très proches de ce qui a été traité et prennent bien souvent la forme d'un contrôle de connaissances.

Par la suite, les questions demanderont davantage de réflexion personnelle (et encore, pas dans tous les cours). Les lectures personnelles de l'étudiant, sa capacité à proposer des arguments inédits et l'articulation de son propos à des exemples extérieurs à ceux qui auront été traités dans le cours seront alors bienvenus.

Je ne veux cependant pas faire de généralités. Tout dépend de ce que votre enseignant propose et attend…

Mais pour Marianne, qui prépare son diplôme par correspondance (et qui doit donc se plonger dans des livres et autres polycopiés de cours sans que ceux-ci aient été présentés par un enseignant), les examens vont vraisemblablement prendre la forme d'un contrôle de connaissances.

 

  • Contrôle de connaissances et apprentissage par coeur : la solution ?

Il y a quelques années, j'ai donné un cours de psychosociologie à des étudiants en deuxième année de Licence professionnelle.

L'UV était validée au moyen de deux exercices distincts : un petit exercice de recherche et un contrôle de connaissances.

Dans le cadre de l'exercice de recherche, mon objectif était d'amener les étudiants à choisir une situation issue de leur expérience professionnelle, afin de l'analyser à l'aide des apports théoriques que j'avais présentés en cours.

Il s'agissait donc pour eux d'avoir compris ce que j'avais exposé pour être capable de l'articuler à des questionnements cliniques.

Dans le cadre du contrôle de connaissances, je demandais aux étudiants d'expliquer une sélection de concepts que nous avions vus en cours.

Pour ce deuxième exercice, il n'y avait aucune surprise. J'avais repassé en revue avec eux toutes les thématiques que nous avions abordées, et je leur avais donné des exemples de questions susceptibles de "tomber".

Comment obtenir de bons résultats à ce type d'examen ?

Il me semble que plus on progresse dans la maîtrise d'un champ théorique, plus on s'approprie les mots de vocabulaire et les tournures de phrase propres à ce champ.

Les mots que l'on choisit deviennent de plus en plus précis et pertinents pour traduire sa pensée.

Mais cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas plusieurs bonnes manières d'expliquer quelque chose.

Un étudiant qui m'expliquait ce qu'il avait compris avec ses propres termes obtenait la note maximale si sa réponse était juste.

Mais le plus souvent, une tournure de phrase approximative impliquait une explication approximative de la notion. Le propos était vague et les mots employés peu adaptés au contexte.

Lorsque l'on maîtrise peu un contenu, l'apprentissage par coeur permet selon moi de "faire illusion". Vous écrivez ce que le prof a dit (ou ce que le manuel raconte), et vous êtes sûre que votre réponse sera juste (le correcteur ne va tout de même pas contredire la manuel).

Par contre, il est évidemment possible de bien maîtriser un contenu, et d'être capable de le restituer avec ses propres mots de manière tout à fait satisfaisante. Apprendre en utilisant plusieurs sources (livres, ressources internet, manuels…) peut vous aider à travailler avec cet objectif.

 

Et si vous faites partie des étudiants qui ne peuvent pas mémoriser s'ils ne comprennent pas ?

Apprendre par coeur, au mot près, peut dispenser l'étudiant de comprendre le contenu.

Je ne comprends pas le sens au-delà des mots, mais je peux néanmoins obtenir une bonne note à toutes les questions qui me demandent uniquement de réciter le cours.

Par contre, si vous avez bien compris le contenu, et que vos fiches vous permettent de mémoriser les informations essentielles, vous pouvez également obtenir de très bonnes notes.

 

  • Comment faire concrètement pour mémoriser un contenu sans l'apprendre par coeur ?

Procédez par étape :

1- Une fiche pour mémoriser l'architecture globale du cours (ou du livre)

2- Une fiche pour mémoriser l'architecture de chaque chapitre

3- Une fiche pour chaque notion importante

 

Vous pouvez également transformer un texte (une défintion, la présentation d'un auteur, un protocole de recherche…) en schéma ou en graphique (liste, cycle, mind map, etc.).

Quand cette organisation générale du contenu sera acquise, vous pourrez faire des allers-retours entre le contenu exhaustif et vos fiches de révision, pour préciser et approfondir les points qui le requièrent.

Je ne pense vraiment pas que l'apprentissage par coeur soit incontournable. Par contre, comprendre un contenu de manière approfondie en vue de le mémoriser demande de ne pas vous contenter d'une seule source d'informations (votre PUF).

Vous devez également consulter d'autres ouvrages (ceux dont les références sont cités dans votre cours), afin d'élargir votre champ de compréhension, faire des liens entre les informations et découvrir comment un même concept peut être défini et discuter de différentes manières.

C'est ce cheminement qui vous permettra de comprendre au-delà du contenu figé de votre cours.

Cette manière d'apprendre est certainement beaucoup plus stimulante que l'apprentissage par coeur. Mais elle demande aussi plus de travail.

Tout dépend de l'intérêt que vous accordez à la discipline en question, mais aussi et surtout de la stratégie d'apprentissage qui vous correspond le mieux.

N'oubliez pas que dans le cadre d'un examen, l'examinateur attend d'abord que l'étudiant montre qu'il a compris, et qu'il expose des connaissances précises et argumentées.

 

Comment s'y prendre pour analyser "l'architecture d'un texte" ?

Repérer l'architecture du cours, c'est porter une attention spécifique à la façon dont un auteur a classé, trié et organisé ses idées : c'est-à-dire que si vous faites une fiche dans laquelle vous reprenez tels quels les titres de chapitre de votre PUF, l'effort que vous faites pour vous approprier ce qui est expliqué est faible.

Par contre, si vous vous demandez :
– que montre-t-il dans ce chapitre ?
– qu'affirme-t-il ?
– quels sont ses arguments ?
– Quels exemples viennent appuyer son propos ?

…cela vous permet progressivement de prendre du recul. Vous travaillez à mettre en évidence les différentes étapes du raisonnement (…et donc l'architecture de son propos).

Plus le contenu que vous avez à apprendre est problématisé (c'est-à-dire que l'auteur s'est vraiment posé des questions et qu'il argumente), plus ce travail est intéressant.

Je donne un exemple de ce travail de repérage dans le dernier article que j'ai publié sur le blog : Des conseils concrets pour commenter un texte (partie 2)

Par contre, si vous êtes confrontée à un contenu plus linéaire, avec des définitions, des listes, etc., il vaut mieux vous demander à chaque fois : à quoi est-ce que cela va me servir de savoir cela ? (ou quel usage concret peut-on envisager dans le cadre d'une pratique de terrain)

Qu'en pensez-vous ?

 

 

 

 

 

3 thoughts on “Intérêts et limites de l’apprentissage par coeur”

  1. Merci encore pour cet article ! C'est vraiment très intéressant. Durant toute ma scolarité, je crois que j'ai appris par coeur sans effort, parce que je dois avoir une bonne mémoire verbale et puis lorsque j'ai des textes bien écrits, avec une certaine musicalité, je crois même que je prends un certain plaisir à retenir des phrases. Mais effectivement, dans bien des cas, comme vous le dîtes, il s'agit surtout de "faire illusion". J'ai lu beaucoup de choses négatives sur l'apprentissage par coeur. Pensez-vous que ce soit vrai que ce type d'apprentissage ne permette pas d'enregistrer les informations dans la mémoire à long terme ?

    Je trouve les méthodes type mindmapping très intéressantes, mais si je devais les utiliser, je crois que ce ne serait qu'en complément, car je me sentirais beaucoup moins sûre de moi, si en arrivant devant ma feuille d'exam, je n'ai pas des phrases toutes faites dans la tête. Aïe ma trajectoire scolaire, je crois que ça aura été une belle carrière de perroquet !

    1. Bonjour Marion,

      L’important, c’est surtout de comprendre ce que l’on mémorise. Et c’est possible d’apprendre par coeur un contenu tout en l’ayant compris en profondeur.

      Le problème, c’est qu’il est également possible de mémoriser sans comprendre…

      A bientôt,

      Hélène

  2. Merci beaucoup pour votre réponse Hélène ! Dans ce cas, je suis rassurée, je commençais à me demander si je devais changer ma façon d'apprendre, mais après tout si pour moi ça a toujours plutôt bien fonctionné comme ça, pas de raison de trop m'embêter a priori 🙂

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