Pourquoi est-il si compliqué de « se mettre au travail » ?

 
 

Il se peut que vous soyez partisan de la méthode « prendre sur soi » : on n’a rien sans rien, il faut mériter son succès, « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ».

Ok.

Mais…est-ce que ça marche ?

Vous savez gérer votre sommeil ? Vous « faites la fête » modérément, et seulement quand le travail que vous avez à faire est achevé ? Ouvrir vos livres, refaire vos exercices, rédiger un devoir, relire vos notes : toutes ces activités, vous les faites spontanément, avec application, sans vous laisser distraire et au moment opportun ?

Ou alors, vous avez quelques doutes…

Peut-être vous arrive-t-il de reporter certaines tâches. Préparer vos exercices vous a éventuellement paru progressivement trop compliqué, trop fastidieux ou sans intérêt… Lire un livre conseillé par un professeur vous a déjà semblé insurmontable (il vous est tombé des mains après 20 pages…). Ou alors vous êtes fatigué, peu motivé, las. Demain, peut-être, « vous y mettre » semblera moins éprouvant.

Mais les cinq pas à faire pour vous installer à votre bureau sont infranchissables.

Face à votre ordinateur, vous ne pensez qu’à une seule chose : comment reculer encore le moment d’ouvrir un livre, vos notes ou prendre connaissance des exercices à faire.

Mille tentations s’offrent alors à vous : votre profil Facebook est-il à jour ? Vos amis ont-ils déposé de nouveaux commentaires, de nouvelles photos ou des infos concernant une fête à ne pas manquer ? Y a-t-il quelqu’un sur Skype ? Le nouvel épisode d’une série que vous suivez est-il en ligne ?

D’une page à l’autre, d’une info à une autre, vous passez de longues minutes à surfer sur des occupations éphémères. Vous pouvez prendre ainsi un temps fou à zapper entre différents programmes de télévision sans intérêt. Et systématiquement, au bout d’une, deux voire trois heures de ce manège, la conclusion est toujours la même : vous avez perdu votre temps à ne rien faire d’important…

Vous n’êtes pas sorti avec vos amis. Vous n’avez pas pratiqué de sport. Vous n’avez pas lu un livre, regardé un film ou toute autre activité qui vous aurait donné la satisfaction de vous être véritablement reposé, diverti, dépensé ou cultivé. Vous avez au contraire saisi chaque occasion de « ne pas vous y mettre ». Et vous n’avez pu profiter de rien, puisque justement, vous deviez travailler.

Pourquoi passer tant de temps à reculer l’échéance ? Comment comprendre cette attitude de retrait ou d’évitement qui semble à l’opposé de votre intérêt ?

Flemme, ennui ou perte de sens ?

Lorsque je pose la question aux étudiants de savoir comment ils comprennent cette propension qu’ils ont à reculer sans cesse le moment de se mettre au travail, ils me répondent trois choses : la flemme, l’ennui ou la perte de sens.

 

1)      La flemme : vous n’avez pas envie de vous y mettre parce que cela vous demanderait trop d’efforts.

Mais que se passe-t-il en vous quand vous vous rapprochez du moment où vous allez devoir vous mettre au travail ?

Vous savez peut-être d’avance que vous n’allez pas être capable de réaliser le travail demandé. C’est l’une des raisons qui expliquent que beaucoup d’étudiants ne préparent pas (ou plus) leurs exercices avant de se rendre en séance de travaux dirigés (TD). Vous êtes immédiatement bloqué. Vous ne comprenez pas ce que l’on attend de vous. Vous vous embourbez dans une foultitude de questions sans réponse… Avez-vous l’impression de ne pas être à la hauteur ?

Mais la flemme peut également avoir une autre cause. Vous avez peut-être pris du retard dans votre travail (l’adage « demain, ce sera 24h trop tard » ne vous a pas porté). Plus vous avez reporté, plus la masse de travail à abattre a augmenté et plus vous avez eu l’impression que vous ne parviendrez pas à en venir à bout. Vous avez alors une nouvelle fois reporté le moment de vous y mettre, faisant encore croître le volume de « choses à faire, à lire, à revoir et à comprendre ».

Reporter vous permet de ne pas avoir à penser au retard que vous avez pris et à la montagne de choses à faire qui continue de grandir. Vous sentez-vous dépassé ?

La flemme aurait donc deux sources : l’impression d’avoir trop de travail à abattre (c’est impossible) ou d’être confronté à un travail trop compliqué (c’est incompréhensible).

 

2)      L’ennui : vous n’avez aucun plaisir à travailler.

Vous attendez donc simplement d’être plus motivé. Pourtant, le cours de chimie organique, de grammaire, de droit constitutionnel ou de mathématiques fondamentales qui vous parait si insipide aujourd’hui sera-t-il plus sexy demain ? Vous avez raison d’en douter.

Et c’est là que TOUT peut vous sembler plus attrayant que le travail scolaire que vous avez à faire. Vous en arrivez même à regarder des émissions de télévision ou à surfer sur des sites internet qui n’auraient JAMAIS retenu votre attention en temps normal. Vous rejetez donc une activité ennuyeuse pour une autre qui n’a pas plus d’intérêt. A la différence que regarder la télé ne vous confronte pas à vos difficultés de compréhension ou à l’angoisse de ne plus avoir assez de temps pour venir à bout de vos révisions…

 

3)      La perte de sens : vous ne savez pas (ou plus) pourquoi vous travaillez.

Mais n’avez-vous pas tout simplement oublié (ou jamais su) pourquoi vous êtes engagé dans le cursus que vous suivez ? Quel est votre objectif ? Quel est votre projet ? Savez-vous quels sont les débouchés des études que vous faites ? Ces débouchés vous donnent-ils envie d’y consacrer du temps, de l’énergie et du travail ?

Peut-être le moment est-il venu de chercher les réponses à ces questions… Sinon, quel sens y a-t-il à fournir ces efforts que vous reportez sans cesse ?

Pourquoi « se mettre à travailler » ?

Il existe des stratégies concrètes pour vous aider à dépasser les difficultés que nous avons énumérées. Mais avant de définir « comment » vous mettre au travail, il est nécessaire de préciser quels doivent être vos objectifs.

 

1)      Définir votre projet

Cela me semble la première chose à faire. Les efforts à fournir pour réussir vos examens sont d’autant plus importants que vous ne savez pas pourquoi vous les fournissez. C’est difficile, cela vous parait même peut-être insurmontable, et vous ne savez même pas ce que vous y gagnerez.

Cela ne veut pas dire qu’il faut que vous sachiez dès votre première année d’études supérieures quelle sera précisément votre profession des années plus tard, mais il faut au moins que vous ayez défini un but qui vous stimule. Dans un premier temps, cela peut simplement être « étudier une matière qui vous intéresse » ou « réussir vos examens avec de bons résultats ».

Mais sachez que plus vous aurez d’efforts à fournir, plus vous aurez le sentiment de vous ennuyer dans certains cours et moins vous aurez envie de vous y mettre, et plus il deviendra nécessaire d’approfondir votre projet. C’est à cette condition que vous retrouverez l’envie de vous confronter à vos difficultés et d’envisager des stratégies de travail plus efficaces.

 

2)      La flemme n’est pas votre véritable problème

La flemme correspond à l’absence de motivation. Pourquoi n’êtes-vous pas motivé ? Qu’est-ce qui vous motive d’une manière générale et comment en conséquence vous stimuler lorsque le jeu en vaut la chandelle ? Si vous savez quel est votre projet et qu’obtenir de bons résultats à vos examens est nécessaire pour le réaliser, comment dépasser vos difficultés de compréhension et votre propension à la procrastination ?

Comment envisager une méthode de travail concrète et opérationnelle qui vous aiderait à vous confronter à vos difficultés  et à travailler régulièrement ?

 

3)      « L’appétit vient en mangeant »

Oui, il est vrai que certaines activités vous apportent sûrement plus de plaisir immédiat que votre travail scolaire. Sortir, voir vos amis, faire du sport ou passer votre nuit sur un jeu en ligne est souvent bien plus fun que de préparer un partiel.

Et pourtant, lorsque vous avez tellement reporté que vous êtes le dos au mur, que votre examen est le lendemain et que vous êtes donc contraint de mettre le nez dans vos livres pour ne pas vous rendre « en touriste » à l’épreuve, un cours insipide ne commence-t-il pas progressivement à révéler son intérêt ?

Avez-vous déjà révisé au dernier moment, pour vous apercevoir que finalement, quand on commençait à y comprendre un peu quelque chose, ce n’était pas si rébarbatif que ça ?

La motivation n’est pratiquement jamais un préalable à la mise au travail. Le plus souvent, c’est parce que vous avez fait l’effort de vous intéresser à un contenu que progressivement, il commence à avoir du sens pour vous. Plus vous gagner en sentiment de maîtrise (vous comprenez, vous arrivez progressivement à faire les exercices, la pensée d’un auteur devient plus claire…), plus votre curiosité et votre envie d’approfondir s’éveillent.

Dans l’article « 3 conseils pour vous aider à vous mettre au travail », mon projet sera de vous proposer une méthode concrète afin de vous aider à :

–          Travailler régulièrement (et ne pas systématiquement remettre à plus tard),

–          Rester concentré et motivé pendant que vous travaillez,

–          Dépasser vos difficultés de compréhension.

8 thoughts on “Pourquoi est-il si compliqué de « se mettre au travail » ?”

  1. Excellent article le prochain « comment se mettre au travail » est ambitieux
    « –  Travailler régulièrement (et ne pas systématiquement remettre à plus tard),
    – Rester concentré et motivé pendant que vous travaillez,
    – Dépasser vos difficultés de compréhension. »

  2. Article entrainant bravo on ressent du vecu! ou un travail tres rapproché aupres des etudiants?
    Je m'en vais de ce pas lire votre article sur comment se mettre au travail. Justement ce qu'il me faut

    1. Bonjour,

      En général mon expérience personnelle ne suffit pas…je suis donc particulièrement attentive à ce que me disent les étudiants !

       

      à bientôt,

      Hélène

  3. Bonjour,
    C'est ma première visite et le titre de cet article a attiré mon attention.
    Lorsque j'étais étudiante, je n'attendais pas à la dernière minute pour commencer mes travaux, mais mon problème était que je travaillais sur un truc jusqu'à la dernière minute.  Je mettais beaucoup plus de temps que les autres à faire quoi que ce soit.  J'ai réussi mes études mais en mettant tout mon temps là-dessus au lieu d'avoir des activités pour me changer les idées à l'occasion.
    Et encore aujourd'hui, je mets trop de temps à faire les choses que je dois faire.  J'essaie d'éliminer le perfectionnisme.  Pas facile.
    Merci et bonne journée!
    Sco!
     
     

    1. Bonjour Sco!,

      Merci beaucoup de partager votre expérience.

      Je trouve intéressante la façon dont vous montrez que notre rapport au travail nous poursuit de nos études à notre vie professionnelle.
      Par contre, votre bilan m’intrigue : pour ma part, j’apprécie beaucoup les personnes perfectionnistes. En général, ce sont des personnes sur lesquelles on peut compter et qui ont à coeur de présenter un travail de qualité.

      Vous mettez en avant les désagréments que cela occasionne pour vous : du stress, sûrement du fait de l’échéance qui se rapproche sans que vous ayez atteint votre « idéal », et un temps « trop long » pour faire les choses qui vous empêche de « profiter de la vie ».

      Pourtant, vous devez aussi gagner beaucoup à vous imposer des attentes vis-à-vis de vous-même aussi élevées. La question, c’est « quoi » ?

      La réponse doit être suffisamment importante pour que vous y consacriez tout ce temps.

      à bientôt,
      Hélène

  4. Bonjour,

    ce que je trouve superbe c'est que je viens de perdre presque 40min à surfer sur ce blog plutôt que de travailler… je suis entre le "c'est impossible" et la remise en question fondamentale de ma personne dans ma filière. Mais ce qui est intéressant c'est que je suis fan de ma filière, ma discipline me plait absolument mais une fois en condition pour travailler les doutes me submergent et c'est l'enfer… Bref, je crois que pour se mettre à travailler il faut tout simplement arrêter de se poser des questions et le faire, sinon on se met à perdre du temps en réflechissant sur le comment s'y mettre, trouver des techniques, faire des listes, un temps qui aurait pu être précieux….

    1. Bonjour,

      Eh oui, vous soulevez là tout le paradoxe de ce blog…

      Internet fait assurément partie des distractions qui détournent du travail scolaire, tout en constituant dans le même temps une ressource incroyable pour celui ou celle qui a décidé de s’y mettre. Dois-je donc être flattée que vous ayez trouvé matière à vous distraire pendant 40 minutes ou mortifiée de vous avoir détourné du droit chemin ?

      Vous soulevez dans votre commentaire un point tout à fait passionnant : comment comprendre que l’on puisse être très intéressé par ce que l’on étudie et en même temps très en difficulté lorsqu’il s’agit de se mettre au travail ?

      Les réponses à cette question sont multiples et complexes. Tout dépend de l’histoire de chacun. Faut-il comme vous le suggérez « arrêter de penser » et passer à l’action une bonne fois pour toute ? Je dirais à la fois oui et non.

      Lorsque vous trouvez une « méthode » (liste, technique pomodoro, fiches de révision…), cela vous évite justement d’avoir à réfléchir : vous suivez chaque étape l’une après l’autre sans vous poser de question. 

      Mais que faire quand « ça résiste » ?

      Vous avez décidé de vous y mettre, vous êtes en condition, vous avez tous les outils en main…et pourtant, vous n’y arrivez pas.

      Chaque semaine, je rencontre des étudiants qui viennent me voir en me disant qu’ils n’ont pas de méthode et qu’ils n’arrivent pas à travailler. Et voici ce que je leur dis : il existe de multiples méthodes plaisantes, stimulantes et originales pour travailler de manière plus efficace. Je peux vous les enseigner. Par contre, si malgré votre détermination, la procrastination vous gagne, c’est que, peut-être, les causes de vos difficultés sont ailleurs. 

      Je leur propose de tester les méthodes en question et de relever le défi de se mettre au travail. Et je leur propose un nouveau rendez-vous deux semaines plus tard. S’ils ne sont toujours pas parvenus à s’y mettre, alors nous explorons plus profondément leur projet, leur histoire, les relations qu’ils entretiennent avec leur entourage…afin de comprendre, ensemble, pourquoi ils ne « peuvent » pas s’y mettre. Malgré leur intérêt pour la matière qu’ils étudient. Malgré des conditions de travail tout à fait satisfaisantes. Malgré des capacités intellectuelles prometteuses. 

      Parfois, prendre le risque de penser à « ce qui nous freine et nous empêche » permet justement de se réconcilier avec soi-même.

      Bon courage à vous et à bientôt,

      Hélène

  5. "Parfois, prendre le risque de penser à « ce qui nous freine et nous empêche » permet justement de se réconcilier avec soi-même."

    Vous avez tout dit.

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