Renforcer l’estime de soi et la confiance en soi dans le cadre professionnel (récit d’une formation)

Depuis trois ans, j'anime une formation sur le thème de l'estime de soi et de la confiance en soi dans le cadre professionnel à destination de personnels de l'Education nationale (enseignants, gestionnaires, personnels administratifs, infirmière, COP, CPE).

Objectifs :

– Définir et différencier la confiance et l'estime de soi pour clarifier les croyances qui entravent le développement de l'une et de l'autre.

– Comprendre comment se construit l'estime de soi, de l'enfance à l'âge adulte, pour donner du sens aux enjeux éducatifs, relationnels et sociaux du rapport plus ou moins positif que l'on construit et entretient avec soi-même.

– Se (re)connecter avec ses ressources, pour découvrir et/ou partager les stratégies, choix et modèles d'inspiration qui permettent de prendre soin de ses besoins.

 

Contenu :

1) Le tout premier temps de la formation est un temps d'auto-diagnostic qui permet à chaque participant de formuler ses attentes et de déterminer son objectif essentiel en lien avec le thème de la formation.

En m'appuyant sur le livre de Chritophe ANDRE intitulé Imparfaits, libres et heureux, j'ai élaboré une grille comprenant 32 propositions (= oser dire "non" ou "stop", insister quand je me heurte à une difficulté, me sentir en paix avec les blessures de mon passé…). En individuel, chaque participant repère les affirmations sur lesquels il pense devoir progresser et entoure celle qu'il choisit comme priorité.

Ensuite, chacun se présente en expliquant son choix de venir à cette formation et en partageant, s'il le souhaite, l'intitulé retenu dans le cadre de l'exercice d'auto-évaluation.

2) Le deuxième exercice vise à clarifier les notions d'estime de soi et de confiance en soi.

Pour préparer cet exercice, j'ai procédé à quelques recherches et consulté plusieurs articles. J'ai synthétisé les notions qui m'ont paru intéressantes dans le cadre d'un schéma récapitulatif qui met en évidence les croyances limitantes entravant le développement de l'estime de soi et de la confiance en soi, et les stratégies qui permettent de les renforcer.

Pour amener les participants à s'approprier ces notions de manière active et ludique, j'ai imprimé mon schéma et découpé chacune de ses composantes. Je demande ainsi aux participants de se mettre par deux et de le reconstituer de la manière qui leur apparaît la plus pertinente.

Cet exercice implique tout le monde. Je suis disponible pour répondre aux questions, guider les indécis, et j'invite ceux qui aboutissent plus rapidement à prêter main forte aux autres.

3) L'objectif est ensuite de s'approprier des notions qui permettent de comprendre comment se construit l'estime de soi au cours de la vie. Pour cela, je projette une vidéo d'une dizaine de minutes dans le cadre de laquelle Christophe ANDRE donne des clés d'analyse de cette construction. 

En amont, je présente le contexte de la vidéo et les grandes lignes des différents thèmes qui y sont abordés. Il est plus facile de s'intéresser à un contenu et de rester concentré lorsque l'on est informé de la structure globale et des différentes étapes du contenu.

Je demande aux participants :

1- de prendre en notes ce qui les intéresse tout particulièrement.

2- de partager leurs notes en petit groupe pendant une dizaine de minutes et de faire une synthèse de leurs échanges sous la forme d'un schéma.

Ce temps permet aux participants de réagir à chaud et de faire des liens avec leur expérience, dans un cadre plus intime que le grand groupe.

Je présente ensuite les différentes notions abordées (rôle de l'éducation et du modèle incarné par les parents, expériences tout au long de la vie qui informent chacun sur sa valeur et ses capacités, significations sociales qui influencent l'image que nous avons de nous-mêmes…). 

J'invite ensuite les participants à compléter ma présentation à partir du travail qu'ils ont mené en sous-groupe.

4) Le temps de l'après-midi a pour objectif de permettre à chacun de se (re)connecter avec ses ressources et d'envisager comment il pourrait prendre soin de son besoin d'estime.

Pour introduire la réflexion, je projette une nouvelle vidéo, dans le cadre de laquelle Serge MARQUIS, spécialiste québécois du burn-out et du stress au travail, présente les deux affirmations systématiques des personnes qui viennent le consulter :

– "Je ne sais plus qui je suis" (questionnement sur l'identité).

– "Je ne sais plus où je m'en vais" (questionnement sur le sens de ses projets).

Je présente alors un nouveau schéma qui invite les participants à faire le point sur ces deux ensembles de questionnement en ce qui les concerne :

1- Identité : quels sont leurs goûts, leurs talents et leurs valeurs ? Qui sont-ils ?

2- Ont-ils le sentiment de pouvoir exprimer ce qu'ils sont et ce qui est important pour eux dans le cadre professionnel (lieu de travail, relations professionnelles, activités, projet) ? Ont-ils le sentiment de mettre leur potentiel au service d'un projet qui a du sens ?

Nous nous mettons ensuite en cercle et ceux qui le souhaitent partagent avec les autres le produit de cette analyse. Cet échange prend la forme d'un groupe de parole. Je demande à ceux qui écoutent de ne réagir au témoignage de l'un d'entre eux qu'en lui posant des questions. Il s'agit de permettre à la personne de préciser tous les enjeux de la situation qui la met en difficulté, et de clarifier les conflits qui l'animent.

Voici le type de questionnement qu émergent :

– Comment m'affirmer alors que je suis timide et réservé ?

– Comment me défendre vis-à-vis d'un supérieur hiérarchique harcelant alors que le respect de mes aînés et de mes responsables hiérarchiques est une valeur profondément inscrite en moi ?

– Comment prendre davantage de temps pour moi alors que je me sens submergé par les tâches à accomplir, tant au plan professionnel que privé ?

– Comment nouer des relations avec mes collègues alors que je me sens isolé et ignoré ?

– Etc.

Lorsque j'ai animé cette formation sur ce mode l'année dernière, la majorité des personnes présentes a beaucoup apprécié et tiré profit de ce moment d'échange. Mon idée était de permettre une analyse plus approfondie de l'expérience et des préoccupations de chacun, et il me semblait que ce cadre était le plus propice pour atteindre un tel objectif.

Cette année, dans le cadre du bilan, deux personnes sur les 14 ont dit ne pas s'être senties concernées par les échanges de l'après-midi. Seules 5 personnes ont pu présenter leur situation. Deux autres ont regretté que les échanges aient dévié sur des préoccupations plus personnelles (relations dans le couple ou avec les enfants) et ne soient plus directement en lien avec le sujet de la formation qui concernait l'estime de soi et la confiance dans l'exercice de sa profession.

Je reste convaincue de l'intérêt du cadre offert par le groupe de parole, mais je me suis sentie interpelée par les retours de ces 4 participants, qui louaient l'intérêt de tout ce que nous avions fait le matin, mais qui restaient sur leur faim concernant la façon dont nous avions occupé l'après-midi.

Du coup, j'ai commencé à ruminer ces critiques et recherché comment je pouvais en tenir compte pour les deux prochaines journées que j'anime fin avril…

 

Réflexion et projet d'amélioration

Je pense garder la vidéo d'introduction et le travail individuel où chacun prend le temps de définir qui il est (goûts, talents, valeurs) pour réfléchir à la façon dont sa subjectivité trouve ou non à s'exprimer dans le cadre professionnel (= l'estime de soi se renforce quand nous nous sentons pleinement nous-mêmes dans le cadre de nos activités et que nous nouons des relations valorisantes avec notre entourage).

Je vais donner deux post-it à chacun, de deux couleurs différentes, avec une question spécifique à laquelle répondre sur chacun d'eux :

1- Quels sont vos goûts, vos talents et vos valeurs ?

2- Décrivez l'expérience professionnelle (= mission, projet, situation…) qui vous a le plus donné le sentiment de mettre ce que vous êtes au service d'un projet qui a du sens pour vous, ou alors qui vous a donné le sentiment d'être dans votre élément, parce que vous pouviez exploiter votre potentiel.

Enfin, les participants décrivent sur une feuille une situation professionnelle qui a particulièrement mis à mal leur confiance en eux-mêmes ou leur sentiment d'estime personnel et formulent une question pour obtenir des conseils en lien avec cette situation (exemple : comment accueillir les émotions négatives de mes élèves et apaiser les tensions qui règnent parfois dans la classe quand ils me mettent hors de moi ?).

Je présenterai ensuite la théorie des besoins de Maslow, pour mettre en évidence nos 5 besoins fondamentaux :

– Nos besoins physiologiques : boire, manger, respirer…

– Notre besoin de sécurité, physique et affectif.

– Notre besoin d'appartenance.

– Notre besoin d'estime et de reconnaissance.

– Notre besoin d'accomplissement.

Chaque participant viendra coller ses deux post-it au mur à tour de rôle pour présenter ses réponses. Pour la situation problématique, il devra indiquer quel est son besoin qui lui semble selon lui non pris en compte. 

Une fois tout le monde passé, je présenterai des stratégies qui permettent de prendre soin de nos besoins (sources d'inspiration). Enfin, je redistribuerai les situations que chacun a noté par écrit. Chacun devra proposer des conseils ou solutions à tour de rôle, à l'écrit (je redistribue les feuille dans le désordre, il s'agit de lire la situation et de proposer des réponses à la question, puis de changer de feuille…chaque participant répond ainsi à cinq ou six autres participants). Chacun récupère enfin sa feuille et consulte les conseils qui lui ont été donnés par les autres. 

Nous pouvons terminer par un temps d'échange en grand groupe.

Il me semble que cet exercice a l'avantage de mieux centrer les échanges et questionnements sur les questions professionnelles. Tout le monde pourra partager ses préoccupations et recevoir des conseils. Nous ne pourrons vraisemblablement pas creuser autant les situations, mais après tout, cela n'empêche pas les gens de faire une démarche plus personnelle par la suite.

J'ai déjà testé ce temps où chacun réagit aux situations présentées par les autres par écrit dans le cadre d'une autre formation et il a très bien fonctionné. Il permet à ceux qui sont moins à l'aise à l'oral de partager leurs idées et chacun peut repartir en ayant le sentiment que sa situation personnelle a pu être prise en compte. 

Qu'en pensez-vous ?

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