Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 1)

Cette série d'articles (il y en aura 6 au total) correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012. 

 

Avez-vous déjà rencontré une personne capable de mémoriser plusieurs dizaines de chiffres aléatoires en quelques minutes ? Ou une autre à même de se souvenir des noms et prénoms de toutes les personnes qu’elle rencontre ? Ou encore une troisième qui serait en mesure de retenir tous les numéros de téléphone sans effort ou difficulté apparente ?

Ben Pridmore, champion en titre du championnat du monde de mémorisation, a un jour vu quelqu’un mémoriser des cartes à jouer. Il avait trouvé cela génial et était rentré chez lui pour essayer de faire la même chose.

A force de détermination et d’entraînement, il était parvenu à mémoriser un jeu complet en 15 minutes par pur effort de répétition.

En fait, il lui a fallu se présenter à son premier championnat du monde de mémorisation pour entendre parler du « palais de mémoire ».

De quoi s’agit-il ?

Du plus ancien procédé mnémotechnique inventé par l’homme.

La scène se passe au Ve siècle avant JC.

Un magnifique banquet a lieu dans un des plus beaux palais de Grèce.

Le poète Simonide de Céos quitte un instant la table du banquet pour s’entretenir avec deux cavaliers venus lui porter un message urgent.

C’est alors que le drame survient.

Alors qu’il est sur le seuil de la salle où a lieu la fête, le toit du bâtiment s’effondre d’un seul coup sur l’ensemble des convives.

L’événement est tragique. Aucune des personnes rassemblées ce jour-là ne survécut, à l’exception de Simonide de Céos qui venait à l’instant même de s’absenter.

L’horreur de l’événement ne fut cependant pas ce qui marqua les esprits les années, et même les siècles qui suivirent.

Car ce qui arriva alors changea pour toujours l’idée que les hommes se faisaient de leur mémoire.

Le choc lié à l’effondrement de la pierre avait été si violent que les corps n’étaient plus reconnaissables, ce qui ajoutait encore à la douleur des familles venues pleurer leurs morts.

Simonide de Céos ferma alors les yeux pour faire abstraction des pleurs et des images d’horreur qui l’entouraient. Il fit progressivement revenir dans sa tête la scène qu’il avait quittée peu de temps auparavant : il revit les visages radieux des amis festoyant. Il entendit les rires, retrouva le goût des mets qu’il savourait dans sa bouche et sentit la chaleur des poignées de main échangées.

Lentement, il invita les familles rassemblées là à le suivre parmi les décombres, et fut capable en revoyant chacune des scènes qui s’étaient gravées dans son esprit de retrouver où chaque convive se tenait, pour ainsi être à même d’identifier les corps.

Ce fut à ce moment-là, selon la légende, que naquit l’art de la mémoire.

 

1- Les aventures d’un journaliste avide de découvrir les secrets de la mémoire

Au moment où Joshua Foer débute son histoire, il n’est qu’un journaliste indépendant de vingt et quelques années.

Le magazine Discover l’a alors embauché pour interviewer un professeur de physique théorique ayant inventé une chambre à vide susceptible de produire le plus gros pop-corn du monde.

Je vous passe le détail des circonstances qui l’amenèrent à s’engager dans l’aventure racontée dans ce livre. Sachez qu’il est question d’un musée d’haltérophilie, d’un homme capable de soulever des charges impressionnantes, et finalement d’une question qui nous taraude ou nous a tous un jour taraudé :

Qu’estce que l’intelligence ? Et qu’estce que l’intelligence a à voir avec la mémoire ?

Au fil de ses recherches sur Google, Joshua Foer découvre l’existence d’un championnat du monde de mémorisation, dont un certain Ben Pridmore est le dernier tenant du titre.

Cet homme a la capacité étonnante de mémoriser en une heure l’ordre exact de 1528 chiffres. Il est également capable de mémoriser n’importe quel poème qui lui est soumis.

Lorsque l’on sait que l’individu moyen gaspille environ 40 jours par an à rattraper les erreurs dues à ses oublis, quel n’est pas alors l’avantage de ce Ben Pridmore sur le commun des mortels.

Pourtant, lors d’une interview, ce même Ben Pridmore dit une chose qui interpelle Joshua Foer :

« c’est avant tout une question de technique et de compréhension du fonctionnement de la mémoire » avait-il dit. « A vrai dire, tout le monde peut faire la même chose que moi ».

Cela était-il possible ?
Serions-nous tous capables de tels prodiges ?
Mais comment
? Cela paraissait tout simplement impossible à imaginer…et pourtant…

 

2- Le championnat des Etats-Unis de mémorisation

La curiosité de Joshua Foer est piquée. Il veut en savoir plus et décide de se rendre au championnat des Etats-Unis de mémorisation.

Celui-ci comporte alors 5 épreuves :

–  Apprendre par cœur un poème inédit de 50 vers.

–  Mémoriser les noms et les visages de 99 personnes en 15 minutes.

–  Mémoriser une liste de 300 mots aléatoires en 15 minutes.

–  Mémoriser une page de 1000 chiffres aléatoires.

–  Mémoriser l’ordre d’un jeu de 52 cartes battues en 5 minutes.

 

Parmi les personnes que Joshua interviewe ce jour-là se trouve Ed Cooke, un jeune grand maître de mémorisation anglais venu participer à la compétition pour se préparer au championnat du monde.

Joshua lui demande ce que cela fait d’être doté d’une mémoire si exceptionnelle : « tous les gens qui sont ici ont une mémoire parfaitement ordinaire. Ce qu’il faut comprendre, c’est que même une mémoire moyenne peut se révéler remarquablement puissante si elle est bien exploitée ».

Il suffit, ajoute-t-il, d’apprendre à penser de manière « plus mémorable ».

Tous les champions de la mémoire utilisent en fait le même « truc » : la technique mnémotechnique du « palais de mémoire », aussi connue sous le nom de « méthode du voyage » ou « méthode des loci ».

Aujourd’hui, le chef de file de la reviviscence de l’art de la mémoire se nomme Tony Buzan (que vous connaissez peut-être pour ses ouvrages ou formations sur les Mind maps, la lecture rapide ou la mémoire).

Selon Buzan, les méthodes d’enseignement actuelles sont complètement inadaptées, dans la mesure où elles invitent les élèves à ingurgiter un nombre incalculable d’informations, sans leur expliquer comment utiliser concrètement leurs facultés mentales pour les retenir.

Mais était-il exact que n’importe qui pouvait apprendre à mémoriser d’immenses quantités d’informations ?

 

3- Quel est le projet du livre de Joshua Foer ?

Pendant une année, Joshua Foer va mener deux projets en parallèle :

  1. 1-  D’une part, entraîner sa mémoire en vue de participer au championnat des Etats-Unis de mémorisation,

  2. 2-  D’autre part, mener une investigation approfondie afin de tenter de comprendre le fonctionnement de la mémoire, ses déficiences naturelles et son potentiel caché.

Il va ainsi aller au devant de champions de la mémorisation mais également de scientifiques et de chercheurs sur le domaine de la mémoire et de l’acquisition d’à peu près n’importe quel type de compétence.

Son livre raconte son histoire, au fil de son entraînement pour le championnat, de ses rencontres avec différents scientifiques et experts, et de ses recherches concernant tous les protagonistes à même de nourrir sa compréhension du fonctionnement de la mémoire humaine.

Lorsque vous lisez ce livre, vous avez l’impression de vous plonger dans un roman : vous suivez à la fois l’enquête du journaliste et l’entraînement du futur champion.

Je vous propose de vous présenter cette aventure. Elle vous permettra assurément de découvrir des choses que vous ne soupçonniez pas sur le fonctionnement de la mémoire, tout en entrant dans le monde finalement peu connu des « mnémonistes », ces athlètes mentaux qui s’entraînent et parviennent à mémoriser un nombre impressionnant d’informations en un temps record.

Mais commençons par le commencement…

Quelle place est aujourd’hui faite à la mémoire dans nos sociétés modernes ? Et quelle place occupait-elle hier ?

Jadis, la mémoire était le fondement même de toute culture.

La transmission de toutes les informations était exclusivement orale.

Ce n’est que progressivement, depuis que nos ancêtres ont commencé à peindre leurs souvenirs sur les parois d’une grotte, que nous n’avons cessé de développer la structuration de nos mémoires externes pour peu à peu délaisser notre mémoire naturelle. 

Pour la suite : cliquez ici.

 

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