Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 5)

Cette série d'articles correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012. 

Pour commencer par la partie 1 : cliquez ici.

 

14- Trois jours de tests 

Se demandant si effectivement, tout le monde était capable de devenir mnémoniste (et de mémoriser tout et n’importe quoi en un temps record), Joshua Foer décide de participer au championnat des Etats-Unis de mémorisation de l’année suivante. 

Il se donne un an pour s’entraîner à maîtriser tous les procédés mnémotechniques utilisés par les athlètes mentaux. 

Il passe alors trois journées complètes avec Ericsson (un chercheur américain spécialiste des "experts") pour tester ses capacités de mémorisation avant de débuter son entraînement. 

L’un des tests qu’il doit passer est le « test d’empan mnésique », qui aboutit à une mesure chiffrée de la capacité de la mémoire de travail (ou mémoire à court terme). 

Une personne qui n’utilise pas de moyen mnémotechnique pour mémoriser retient les informations en se les répétant, encore et encore, grâce à la « boucle phonologique » (= cette petit voix intérieure que nous entendons quand nous nous parlons à nous-mêmes). 

Mais à force de travail, certains mnémonistes ont trouvé le moyen de stocker l’information directement dans la mémoire à long terme : grâce à la technique dite de « l’agrégation ». 

Il s’agit de diminuer le nombre d’éléments à mémoriser en augmentant la taille de chaque élément. 

Par exemple : 

Il vous paraîtra peut-être difficile de mémoriser la série de chiffres suivante d’un bloc: 1407178911092001. 

Par contre, cela vous paraitra peut-être plus facile si vous agrégez les chiffres trois par trois de la manière suivante : 140-717-891-109-200-1. 

Enfin, cela vous paraîtra sûrement encore plus abordable si vous donnez un sens particulier aux agrégats formés comme suit : 14/07/1789-11/09/2001. Ici, vous retenez deux dates, celle de la prise de la Bastille et celle de la disparition des deux tours jumelles de Manhattan… 

Dans le processus de l’agrégation, les informations apparemment insignifiantes que vous avez à retenir sont réinterprétées à la lumière d’informations déjà stockées quelque part dans votre mémoire à long terme. 

Car en fait, ce que nous savons déjà détermine ce que nous sommes capables d’apprendre.page13image22256

Ainsi, si l’on passe des chaînes d’informations insignifiantes dans un filtre qui leur donne du sens pour soi, il est possible de les rendre beaucoup plus facile à mémoriser. Nous pouvons en effet utiliser nos expériences passées pour formater notre compréhension du présent. 

Ceci est la méthode utilisée par tous les experts : 

  • –  La situation apparemment nouvelle est comparée à toutes les situations déjà rencontrées : elle est alors perçue dans son ensemble à la lumière d’autres situations similaires. 

  • –  Mais ce savoir en apparence spontané ne s’acquiert qu’à la suite d’un dur labeur. 

Les plus grands joueurs d’échecs du monde ne semblent pas par exemple posséder le moindre atout intellectuel majeur. 

Qu’estce qui sépare alors les joueurs d’échecs relativement bons, mais sans plus, des joueurs de niveau international ? 

Un psychologue hollandais nommé De Groot se donna pour mission de répondre à cette question. 

Il découvrit que dans l’ensemble, les experts aux échecs ne calculaient pas plusieurs coups d’avance (en tout cas pas au début). Ils n’envisageaient même pas d’autres coups possibles. 

En général, ils « voyaient » le coup à jouer, et ce presque instantanément. 

Mais ils ne voyaient pas l’échiquier comme un plateau de 32 pièces : ils y voyaient des paquets de pièces et des systèmes de tensions (= phénomène d’agrégation)

Ils s’attardaient moins sur chaque case et se concentraient sur un nombre limité de zones. 

En fait, ils retiennent des échiquiers entiers d’un seul coup d’œil. 

Des études récentes ont ainsi montré que la capacité d’un joueur à mémoriser les positions des pièces est l’un des meilleurs indicateurs de son niveau. 

Par contre, si la mémoire d’un grand maître est exceptionnelle dans le domaine des échecs, elle est remarquablement quelconque dans n’importe quel autre domaine. 

Quelle conclusion retirer de tout cela ? 

Nous ne nous souvenons pas des faits en eux-mêmes. Nous mémorisons les faits dans un contexte précis. 

Un échiquier de pièces disposées au hasard n’a pas de contexte (il n’existe pas d’échiquier similaire auquel le comparer, il n’évoque aucune partie passée et la technique de l’agrégation ne peut pas s’y appliquer). 

Les grands maîtres aux échecs utilisent l’immense bibliothèque de schémas de positions de pièces gravée dans leur mémoire à long terme pour scinder l’échiquier en paquets. 

Ainsi, le grand maître joue merveilleusement bien parce qu’il possède un plus grand vocabulaire de paquets à reconnaître que le joueur moins expérimenté.page14image24936

Voilà pourquoi "l’expérience" est si fondamentale dans le monde des experts. 

Car les échecs ne sont pas un jeu auquel on excelle du fait de ses qualités d’analyse comme le croit la sagesse populaire. Bon nombre de décisions importantes découlent de cette capacité de perception immédiate de l’échiquier. 

Comme l’a montré Ericsson, la puissante mémoire des experts constitue l’essence même de leur expertise. 

L’expertise correspond alors 

  • –  A une vaste quantité de connaissances ; 

  • –  A la récupération de données schématisées ; 

  • –  A des mécanismes de planification acquis au fil de nombreuses années de pratique. 

     

Nous interprétons le présent à la lumière de ce que nous avons appris dans le passé.

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