Aller de l’avant après un échec scolaire : témoignage de mon année en hypokhâgne

 
 

Passionnée par l'apprentissage, mon travail consiste aujourd'hui à (re)donner le goût d'apprendre aux étudiants dans le cadre de leurs études supérieures, et à conseiller des enseignants pour qu'ils aident à leurs tour leurs élèves à donner du sens à leurs études.

Mais il faut savoir que mon propre parcours scolaire n'a pas été un long fleuve tranquille jalonné de réussites plus éclatantes les unes que les autres. En première année d'études supérieures, j'ai d'ailleurs sévèrement déchanté : je ne trouvais pas ma place en classe préparatoire, mes résultats étaient catastrophiques, je me sentais très seule et je n'avais plus du tout confiance en moi.

Aujourd'hui, je suis persuadée que cette expérience a été déterminante dans mon parcours. Je la partage donc avec vous, en l'analysant avec le recul des années.

 

Il s'agit d'une série d'articles que j'ai rédigée il y a deux ans suite à des questions d'un internaute concernant les classes préparatoires littéraires. Je me disais alors que la meilleure manière de le conseiller était de lui raconter ma propre expérience.

 

Le « piège » des études scientifiques

 

J’ai passé mon bac en 1995 (ça remonte hein ?). Un bac scientifique option mathématiques. Comme beaucoup de « bons élèves », je m’étais laissée convaincre que la « voie scientifique » était la meilleure, alors que je savais d’ores et déjà que je préférais les matières littéraires.

J’avais toujours eu de bonnes notes. J’étais première de ma classe. Je pensais qu’un bac S m’ouvrirait toutes les portes.

Mais ma préoccupation était surtout celle de faire un choix le plus tard possible. Ne pas avoir à se déterminer trop tôt pour garder toutes les options ouvertes.

Avais-je peur de ne pas être à la hauteur ?

Pas une seule seconde.

J’avais l’impression depuis l’école primaire que l’on ne cessait de nous avertir des difficultés à venir : « attention au collège, c’est plus dur que la primaire », « ne vous reposez pas sur vos lauriers, c’est en seconde que les choses sérieuses commencent », « il y a vraiment une marche à gravir quand on arrive en première S »…

Pour moi, pas de marche. Seulement la certitude progressive que les sciences ne m’intéressaient pas plus que cela et que je voulais étudier les matières littéraires.

Mais qu’est-ce que cela pouvait vouloir dire ?

Eh bien, que j’aimais (et que je m’en sortais plutôt bien) en histoire-géo, en français, en philo et en langues.

Mes notes en maths, physique-chimie et SVT ont d’ailleurs commencé à baisser à partir de la Première, tout en restant honorables (j’étais toujours en tête de classe).

 

Les choix d’orientation en Terminale

 

Arrive l’année des grandes décisions à prendre : que faire après le bac ?

Je me souviens d’un « forum » d’orientation qui avait été organisé par mon lycée. De nombreux parents d’élèves avaient été mobilisés pour venir présenter leurs métiers.

Finalement, on invite assez rarement les élèves de lycée à s’intéresser sérieusement à la construction de leur projet professionnel. On peut dire également qu’en général, ça les arrange plutôt : comment voulez-vous décider à 17 ans de ce que vous allez faire les 40 prochaines années ?

Même si cette représentation n'est pas la réalité, elle est encore très présente dans les esprits.

Il est pourtant bien loin le temps où l’on faisait l’ensemble d’une carrière dans une même entreprise. L’heure est plutôt à la « flexibilité », aux périodes de chômage et à la précarité. On change souvent, d’emploi comme d’employeur. Et on se forme « tout au long de la vie ».

Pour ma part, à 17 ans, mon statut de « bonne élève » et mon bac scientifique me destinaient plutôt à des études longues.

Et quand on a le choix mais que l’on n’a aucune idée, que fait-on ?

On choisit l’orientation la plus généraliste et la plus prestigieuse.

"Quelles sont les meilleures études auxquelles je peux prétendre, qui me permettront d’étudier les matières que j’aime au lycée et qui me laisseront le maximum de portes ouvertes pour la suite ?"

Dans mon cas : une classe préparatoire littéraire.

On continuait à faire des langues, du français, de la philo, de l’histoire-géo.

Quel métier cela permettait de préparer ?

Strictement aucune idée.

Mais finalement, peu m’importait.

Il me restait encore à déterminer quel lycée choisir. Car j’allais découvrir que toutes les classes préparatoires "ne se valent pas".

 

Quel lycée choisir pour sa classe préparatoire ?

 

J’étais très fière de m’inscrire en hypokhâgne, et j’étais trop sûre de moi.

Je ne me fiais guère aux personnes qui m’annonçaient que l’année allait être difficile, que j’allais devoir bosser dur et que j’allais devoir assumer des notes très en-dessous de la moyenne.

Cela faisait des années que l’on me prévenait que j'allais devoir mettre les bouchées doubles, pourquoi davantage maintenant qu’hier ? Je n’imaginais pas une seule seconde que je pourrais perdre pied.

J’ai donc sillonné les « journées portes ouvertes » et les forums étudiant pour trouver la « meilleure » prépa à laquelle mon dossier me permettrait de prétendre.

L’une des manifestations à laquelle j’ai assisté regroupait plusieurs dizaines de lycées parisiens proposant des classes préparatoires. Les enseignants présents étudiaient vos bulletins pour vous indiquer quelles étaient vos chances d’être accepté dans leur lycée.

Les meilleurs lycées sont ceux dont le plus grand nombre d’étudiants intègre l’Ecole Normale Supérieure à l’issue des deux années de prépa.

A l’époque, les lycées les plus cotés étaient le lycée Henry IV, le lycée Lakanal à Sceaux, le lycée Louis le Grand, le lycée Claude Monet et le lycée Fénelon. C’est dans ce dernier que mon dossier a été accepté.

 

Je savais donc que la classe préparatoire littéraire permettait de préparer le concours d’une grande école. Pour faire quoi ensuite ? Je n’en avais toujours aucune idée mais cela m’était égal.

 

Comment se sont passées ma rentrée et mes premières semaines ? Lisez la suite en cliquant ici : deuxième partie

4 thoughts on “Aller de l’avant après un échec scolaire : témoignage de mon année en hypokhâgne”

  1. époustouflant ! enfin une description proche du vécu dans l'instant des élèves de classes préparatoire et pas la version enjolivée après les années passées. Cela donne l'éclairage du réel aux magnifiques cartes heuristiques que l'on trouve partout sur votre blog "trouver sa place", "donner du sens".

    J'espère que cela pourra éclairer les bacheliers sur ce qui les attends (le changement de monde et une confrontation immédiate à l'échec), qui finalement est naturel dans le monde du supérieur, mais qui nécessite une réaction rapide pour reprendre son destin en main, en fonction de ses objectifs.

    Je ne peux m'empêcher de penser ("si, si empêchez vous" 😉 ) que votre première année a quand même été une réussite puisque c'était votre choix de ne pas faire de deuxième année dans une autre prépa que votre dossier vous permettait.

    Il n'y a plus qu'à imiter votre parcours et suivre vos conseils.

    Encore merci pour ce témoignage

    1. Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.

      Cette année d’hypokhâgne a sutout été bénéfique parce qu’aujourd’hui, elle me permet de mieux comprendre ce que vivent les étudiants en difficulté. Et ça, c’est inestimable !

      A bientôt,

      Hélène

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