Auriez-vous envie de découvrir la psychanalyse (partie 1)

Sous la direction de Alain de Mijolla et Sophie de Mijolla-Mellor, Psychanalyse, Paris, PUF, 1999 (première édition en 1996).

Présentation du livre : ce livre est un manuel de 871 pages qui regroupe les contributions de 10 auteurs différents en vue de présenter les grands principes de la psychanalyse, de l’histoire de son fondateur à toutes les applications possibles de cette théorie.

Je me contenterai ici de proposer un résumé de la première partie (sur les 9 que comprend l’ouvrage), qui présente d’un point de vue historique la façon dont Sigmund Freud inventa la psychanalyse. 

Intérêt de cette partie : comprendre comment Freud a élaboré sa théorie, les hypothèses qu’il a émises puis modifiées (au travers des échanges avec ses collègues et des patientes qu’il a soignées), est selon moi la meilleure manière de s’initier à la psychanalyse.

Limites : si vous n’avez aucune connaissance de la théorie psychanalytique, ce chapitre pourra vous paraître parfois compliqué.

 

Chronique et résumé de la première partie du livre Psychanalyse :

C’est progressivement que Freud a élaboré la théorie psychanalytique. Au fil du traitement de nombreux patients, il a échafaudé des hypothèses pour comprendre leurs troubles, qu’il n’a cessé de préciser, discuter et développer tout au long de sa vie.

Comprendre ses choix, ses doutes et ses remises en question permet de s’initier à la psychanalyse en donnant du sens aux concepts qu’il a élaborés.

Qu’est-ce que la psychanalyse ?

  1. Un procédé d’investigation de certains processus psychiques,
  2. Une méthode de traitement des troubles psychiques,
  3. Une discipline scientifique qui rassemble les connaissances acquises au moyen de la méthode d’investigation susnommée.

Histoire du fondateur

Freud est le premier enfant d’une fratrie de sept. Il est né le 6 mai 1856 à Vienne.

C’est un excellent élève. En 1873 cependant, les carrières universitaires qui s’offrent aux juifs ne sont pas très nombreuses : le droit ou la médecine essentiellement. Il choisit la médecine, même s’il a alors peu d’attrait pour sa pratique. Son intérêt est en effet davantage orienté vers la recherche scientifique.

Il travaille tout d’abord dans le laboratoire de Carl Claus, professeur d’anatomie comparée, qui lui fait attribuer une bourse pour effectuer des recherches sur la structure gonadique des anguilles, qui lui vaudront sa première publication en 1877. Il a alors 20 ans.

Il rejoint ensuite le laboratoire d’Ernst Brücke, où il apprend à considérer le système nerveux comme le lieu de « forces psychiques » qui s’opposent, se contrarient et se complètent.

En mars 1881, il devient docteur en médecine.

En avril 1882, il tombe éperdument amoureux de Martha Bernays, qui deviendra sa femme après plus de quatre années de fiançailles. Il doit désormais s’organiser pour assumer la prise en charge matérielle de son futur foyer et ne peut alors qu’envisager de s’installer pour pratiquer la médecine en libéral.

A 26 ans, il entreprend une série de stages dans différents services de l’Hôpital général de Vienne pour parfaire sa formation.

En 1885, il est chargé d’un cours de neuro pathologie et se voit nommé Privat Dozent, titre qui lui permet d’exercer comme professeur.

Il obtient également une bourse de voyage post-universitaire qui lui permet de se rendre à Paris dans le service que dirige le Pr Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Salpêtrière.

La rencontre avec Joseph Breuer et le traitement de Anna O.

Freud rencontre Joseph Breuer, médecin réputé de Vienne, lors de son stage dans le laboratoire de E. Brücke.

En juillet 1883, Joseph Breuer raconte à Freud la façon tout à fait particulière dont il a traité en 1880 l’une de ses anciennes patientes nommée Bertha Pappenheim, qui restera célèbre sous le nom d’Anna O. (nom sous lequel l’histoire du traitement sera rapportée dans l’ouvrage Etudes sur l’hystérie, publié conjointement par Freud et Breuer en 1896).

Agée de 22 ans, elle présente alors de nombreux symptômes de type hystérique : mutisme, paralysies variables, troubles de la vision, hallucinations effrayantes…

A la fin du 19ème siècle, l’hystérie correspond à tous les troubles physiques qui ne trouvent pas leur explication dans des lésions organiques.  Par exemple, les paralysies vont et viennent, changent de zone d’un jour à l’autre et ne sont le produit d’aucun accident ou affection réelle.

Breuer était parvenu à établir une relation thérapeutique tout à fait singulière avec cette patiente. Il avait constaté qu’elle allait mieux lorsqu’il l’amenait à « raconter une histoire » à propos des troubles qui s’étaient manifestés pendant la journée.

Chaque fois qu’Anna O. parvenait à se souvenir des circonstances précises dans le cadre desquelles l’un de ses symptômes était apparu, et qu’elle revivait l’état émotionnel dans lequel elle s’était alors trouvée, le symptôme disparaissait peu de temps après.

Le simple fait de parler semblait avoir un effet thérapeutique.

Anna O. avait même donné un nom au traitement : la « talking cure ». Le processus opérait tel une catharsis, puisqu’il agissait par le biais d’une véritable purgation des émotions. Mais Breuer renonça au bout du compte à poursuivre lui-même le traitement engagé. Sa patiente avait en effet développé un lien amoureux très fort à son encontre, qui le mettait extrêmement mal à l’aise. Freud théorisera plus tard ce phénomène sous le nom de « transfert ».

La rencontre avec le professeur Charcot

Né à Paris d’une famille modeste, Charcot fut reconnu par ses pairs concernant le traitement des maladies nerveuses et développa une influence scientifique qui ne lui survécut pas.

Médecin des hôpitaux de Paris, agrégé de médecine, professeur à la faculté de médecine de Paris, il est demeuré célèbre pour ses descriptions de symptômes neurologiques et pour les leçons publiques qu’il donnait à l’hôpital de la Salpêtrière.

Les  « Grandes leçons » publiques qu’il donnait le vendredi se déroulaient de la façon suivante : devant un amphithéâtre rempli de médecins et autres professionnels des troubles neurologiques, Charcot faisait venir des malades, et faisait la démonstration devant ce public de l’origine « fonctionnelle » et non anatomique de leurs troubles.

Pour se faire, il utilisait la suggestion sous hypnose, et faisant apparaître et disparaître les symptômes. Ceci démontrait que la cause des troubles ne pouvait être rattachée à une origine organique, comme beaucoup de ses contemporains le pensaient (prescrivant même une ablation chirurgicale des ovaires pour « traiter » les crises nerveuses de leurs patientes).

Ces démonstrations montraient (dissection chirurgicale à l’appui) que les troubles n’avaient pas de cause organique, ce qui était déjà un pas de franchi pour attester de leur origine psychologique.

La création en 1890 dans son service d’un Laboratoire de psychologie ira également dans ce sens. Pierre Janet, directeur de ce service, publiera d’ailleurs une thèse de médecine sur L’état mental des hystériques (1893).

Quittant Charcot en 1886, Freud lui propose néanmoins un travail sur la différenciation des paralysies hystériques et organiques, qu’il lui faudra 8 ans pour mener à terme.

Freud découvre également à Paris qu’on ne peut considérer l’hypnose comme un domaine réservé aux charlatans. Les effets qu’elle produit sont dignes d’étude et donne un éclairage nouveau sur la cure d’Anna O. menée par Joseph Breuer, qui s’était en partie déroulée sous hypnose.

L’installation et la pratique médicale de Freud, 1886

Décidé à devenir un neurologue reconnu, Freud ouvre son cabinet médical dès son retour à Vienne en 1886.

Il commence alors par utiliser sur ses patients les méthodes alors en vigueur pour soigner les troubles névrotiques (et qui s’appuient sur l’hypothèse qu’il faut placer dans le système nerveux le siège des accidents hystériques) :  l’ isolement vis-à-vis de l’entourage constituait alors un élément essentiel. Venaient ensuite les douches froides, l’enveloppement dans des draps mouillés, quelques calmants médicamenteux (ou  placebos), les traitements par l’électricité (afin de stimuler localement les patients atteints de paralysie) ou les décharges globales afin d’atteindre directement le cerveau…

Dans les faits, il est reconnu que ces différentes pratiques n’ont que peu d’effet si le médecin n’a pas su s’imposer.

Le médecin se devait à tout instant de rester maître de la situation et d’inspirer une confiance à son patient, telle que ses indications seraient suivies sans discussion.

Progressivement, Freud abandonne les traitements électriques et utilise la méthode classique de la suggestion au moyen de l’hypnose.

Les résultats sont d’ailleurs fascinants, puisque des patients auxquels on suggère que leurs symptômes auront disparu au réveil s’en retrouvent effectivement débarrassés. Mais il devra découvrir plus tard les défauts d’un tel procédé, et notamment le déplacement ou la réapparition des troubles.

La rencontre avec Wilhelm Fliess, 1887

Né en Allemagne en 1858, Fliess réside à Berlin. Médecin généraliste, les articles qu’il écrit pour des revues médicales lui donnent l’occasion de voyager, il arrive à Vienne en 1887, où il suit le cours de Freud sur le système nerveux sur les conseils de Joseph Breuer.

De cette rencontre naitra une amitié qui durera 15 ans, ainsi qu’une correspondance dans laquelle Freud expose ses hypothèses, découvertes, doutes et remises en question tout au long des années qui ont vu s’élaborer en lui les théories à l’origine de la psychanalyse.

En août 1890, Freud exprime clairement en quoi Fliess lui est indispensable : « Je suis très isolé, engourdi du point de vue scientifique, paresseux et résigné. Lorsque je parlais avec vous et que je percevais que vous aviez de moi une telle opinion, je finissais par me prendre moi-même pour quelque chose ».

Pendant dix années, Freud couchera par écrit dans cette correspondance ses hypothèses, ses recherches, ses innovations cliniques, et donnera ainsi une première forme écrite à ce qui constituera par la suite un témoignage de la façon dont est née progressivement la psychanalyse ;

Le cheminement des découvertes

Emmy von N. et la méthode cathartique

Il faut attendre l’année 1889, trois ans après le début de son installation, pour que Freud se décide à appliquer la méthode cathartique utilisée par Joseph Breuer à une nouvelle patiente que Freud nommera Emmy von N. dans l’ouvrage Etudes sur l’hystérie, qu’il publiera avec Breuer en 1895.

Lors de sa première consultation, cette patiente lui donnera une indication essentielle pour l’établissement de la cure psychanalytique en s’écriant : « Ne dites rien ! Ne me touchez pas ! »

Sous hypnose, Emmy relate ses peurs délirantes et des hallucinations visuelles d’animaux. Les séances semblent alors lui permettre de se décharger de ce que Freud nommera des « souvenirs pathogènes ».

C’est en ceci que la méthode est dite « cathartique », selon l’expression du philosophe Aristote, qui l’avait employée pour désigner le phénomène de décharge émotionnelle générée chez les Grecs lors des représentations des grandes tragédies.

En 1893, Freud et Breuer complèteront cette première approche par la notion « d’abréaction » : une quantité d’affect lié au souvenir de l’évènement pathogène n’a pas pu être évacué par les voies normales et se trouve comme bloquée, situation à l’origine du symptôme pathologique.

L’évacuation de ce résidu d’affect (ou « abréaction »), sous l’effet de la méthode thérapeutique, est la condition du succès thérapeutique, et de la disparition durable des troubles.

Plus tard, Freud remarque que cet effet peut être obtenu sans hypnose, lors de la conversation à bâton rompu qui accompagne les massages de la malade.

Petit à petit, la méthode s’affine, parallèlement à la réflexion théorique que Freud mène par ailleurs pour mieux comprendre l’évolution de sa patiente.

Emmy fera également des remarques dont Freud n’hésitera pas à tirer les conséquences pratiques. Au cours d’un entretien, elle lui intimera par exemple d’arrêter de l’interrompre et de la laisser parler librement.

La parole devient peu à peu l’essentiel du traitement.

Freud et l’Ecole de Nancy, 1889

Freud rencontre deux difficultés dans sa pratique de l’hypnose : tout d’abord, tous les patients ne se laissent pas hypnotiser, que faire alors ? Ensuite, le degré d’hypnose n’était pas toujours suffisant pour obtenir les résultats souhaités.

Il se rend alors à Nancy pour perfectionner sa technique.

Les rencontres qu’il fait mettent en germe différentes hypothèses qu’il développera par la suite, notamment l’existence de puissants processus psychiques, demeurés cachés à la conscience des hommes.

Voici le lien vers la partie 2.

3 thoughts on “Auriez-vous envie de découvrir la psychanalyse (partie 1)”

  1. Bonsoir Hélène,

    J'aimerai bien élargir le domaine de la psychologie. J'ai déjà commencé à bouquiner sur le sujet avec des livres tels que Introduction à la psychanalyse de Sigmund Freud et quelques livres de développement personnel en lien avec les méthodes utilisées en thérapie sur l'hypnose notamment avec un livre de Antoine Bioy qui m'a émerveillé. Un autre livre que j'aimerai lire sur la psychologie de niveau licence: psychologie clinique et psychopathologie de Antoine Bioy aux éditions DUNOD(manuels visuels de licence). Après, la psychanalyse a émit controverses dans le cadre notamment des TED et de la prise en charge thérapeutique médecin-patient qui, selon beaucoup, sortent de "l'ancienne école" et se contentent d'une longue prise en charge sans réels bénéfices. Le patient n'avance guère et cela me touche car un thérapeute, est censé aider le patient à se comprendre et à sortir de son ancien état de mal être. Ces thérapeutes se contentent d'appliquer des pseudo théories. Après, Sigmund Freud, n'avait pas tort dans son extrait: "Si l'on suggère à un patient qu'il peut guérir, il peut guérir CQFD!". Nous avons fait de grandes découvertes car nous utilisons, même encore aujourd'hui, les bases biologiques de la pathologie(ex: le stress, les TAG…) qui sont utiles si l'on veut connaître d'autres mécanismes et obtenir des renseignements supplémentaires. Cela sert toujours au final. Une petite anecdote pour finir: "C'est le patient qui est acteur de sa propre guérison". Qu'en pensez vous?

    La psychologie est un domaine fascinant: le fonctionnement du cerveau humain, la puissance du subconscient et l'inconscient, qu'est ce que la conscience morale?, les différentes pathologies, le fonctionnement de l'hypnose…

    Je vous souhaite une agréable soirée en ce jour mémorial du 11 Novembre.

    Cordialement,

    Morgane.

    1. Bonjour Morgane,

      Je suis émerveillée par votre énergie et votre curiosité pour de multiples sujets.

      Je suis évidemment d’accord avec le fait que le patient doit être acteur de sa guérison. La question pour le psychologue est alors la suivante : comment aider le patient à devenir acteur ? 

      A bientôt,

      Hélène

  2. Bonsoir Hélène,
    Ce n'est pas forcément une question d'émerveillement au sens propre mais une accumulation de connaissances car l'intellectualisation est bénéfique pour l'avenir. Disons que j'aime apprendre(comme dit dans le témoignage) et tant que c'est bénéfique.. autant en profiter des joies de la vie. Qu'en pensez vous? Certes, je suis curieuse même trop, ce qui m'a hélas causé souci dans ma vie sociale avec cette différence particulière. Je suis plus à l'aise avec des personnes cultivées et plus matures que les jeunes en général car les discussions sont omniprésentes et riches de sensations que procurent les mots. Des personnes typiques et ouvertes telles que des professionnels de santé ou connaissant le secteur sanitaire et social, centres d'intérêts particuliers, psychologues(trait de caractère ou profession), personnes intéressées par les médecines douces et le bien être…

    Pour revenir au sujet de la psychanalyse et répondre à votre question, la guérison se fait par le biais d'un échange en rendant le patient autonome et responsable et essayer de mettre en oeuvre des stratégies éducatives qui récompenseront la prise de conscience puis de décisions personnelles. L'Empowerment en sciences humaines codifie les indicateurs permettant d'appréhender la réalité du patient à partir du moment où il est un lien entre la personne elle même en intéraction avec ses pairs, dans un environnement spécifique et unique. Nous pourrions le définir comme une capacité qui aidera le patient à contrôler ses forces personnelles dont les émotions et à vivre une vie sereine. L'implication du patient est intéressante car il faudrait qu'il s'implique autant dans ses soins en tenant compte des divers aléas de la vie(force vitale, choix, sentiments, éthique…) qui eux même, l'influence. Pourrions nous parler de modélisation de la vie plus sereine accompagnée de moins d'interrogations? Très bonne question.

    Déjà, faudrait il savoir ce qu'est un acteur: Artiste professionnel prêtant sa voix et son physique à travers un personnage. Que cela soit en comédie, en chant, radio peut importe.

    Dans le cadre de la thérapie, le patient est un artiste et locuteur à travers un échange de mots tandis que le praticien est son interlocuteur ou destinataire qui interagie avec lui et l'accompagne dans le processus de guérison. Un artiste, oui donc car il "joue" le rôle d'une future personne ordinaire et en bonne santé grâce à diverses techniques et variées. J'extrapole un peu bien sûr! Il est malade, donc il cherche à aller mieux et se sentir bien et en forme. Des bases en communication interpersonnelle, très importantes pour s'adapter à l'autre.

    Comme dit dans un précédent commentaire, c'est bien beau d'écouter en se fondant sur des théories mais sans travail, on n'arrive pas à grand chose au final. La confiance doit être des 2 côtés: patient et praticien.
    Qu'en pensez vous en tant que psychologue?
    Je vous souhaite une agréable fin de soirée.
    Cordialement,
    Morgane.

     

     

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