De la classe préparatoire à l’université : témoignage de ma deuxième année d’Histoire à la Sorbonne (partie 1)

En Terminale, je n'avais aucune idée du métier que je voulais exercer. 

Je savais que je voulais faire de longues études (du fait que mes parents valorisaient beaucoup la chose scolaire). Je ressentais également le besoin de me sentir utile. J'avais donc pensé à faire des sciences politiques pour m'investir dans le "social". Mais le concours de Science-Po me paraissait hors de portée. 

Dans le vague, j'ai choisi de m'inscrire en classe préparatoire littéraire…pour ne pas avoir à choisir vraiment et garder "des portes ouvertes". Il nous était néanmoins demandé de nous inscrire également à l'université (au cas où nous ne passerions pas en deuxième année, nous pourrions ainsi prétendre à des équivalences et passer directement en deuxième année) : j'avais choisi l'Histoire. Je crois que j'ai toujours aimé comprendre l'enchaînement des événements, leur sens en fonction du contexte et les paramètres qui peuvent les influencer. 

Après une année d'hypokhâgne, j'ai donc poursuivi mes études en deuxième année d'Histoire à la Sorbonne (Université Paris 4). 

J'aimerais témoigner ici de plusieurs choses, en lien avec ce que l'on peut ressentir lorsque l'on découvre le monde universitaire en tant qu'étudiant : le sentiment d'anonymat, la perte de repères concernant ce qui est attendu des étudiants pour réussir, l'écart entre ce que l'on attend de l'université et ce que l'on y trouve, et le sentiment d'ennui pendant les cours (et de flemme quand il s'agit de se mettre au travail).

 

L'anonymat des étudiants à l'Université

L'impression d'être un anonyme commence dès le moment de l'inscription. Je suis impressionnée parce que j'entre dans les magnifiques locaux de la Sorbonne, au coeur du quartier latin à Paris…mais c'est pour me retrouver à faire la queue plusieurs heures d'affilé. C'est bien ici les inscriptions ? Oui, mais ça commence au bout de la file…à l'autre bout du couloir.

L'équipe administrative chargée des inscriptions enchaîne les étudiants sans les discerner. Un document manquant ? Retour à la case départ. Vous êtes ému de vous inscrire en première année d'études supérieures ? Votre émoi ne les atteint aucunement. Vous passez de bureau en bureau pour donner vos papiers, signer votre chèque de frais d'inscription, fournir votre photo d'identité et obtenir le saint graal : votre carte d'étudiant. 

Je me souviens quelques années plus tard avoir assisté à un épisode quelque peu surréaliste :

– Bonjour, je viens renouveler l'inscription de ma soeur pour sa deuxième année de thèse.

– Vous avez tous les documents ? (la personne acquiesce et dépose un gros dossier sur le comptoir). Il manque une signature.

Je sens instantanément le monsieur se crisper. Il tient à la main un petit garçon qui ne doit pas avoir plus de cinq ans.

– Ma soeur m'a dit que tout était bon.

– Et bien, il manque une signature. Il faut que vous preniez contact avec l'enseignant responsable pour qu'il signe ce document.

– Ecoutez, j'ai pris une journée congé exprès pour venir faire cette inscription. Ma soeur est encore à l'étranger pour une semaine. Je suis venu parce que les inscription ont lieu jusqu'à demain. Je ne sais pas de quel enseignant vous parlez. Je ne pourrai pas revenir. Cette signature est-elle vraiment indispensable ? Ne pouvez-vous pas procéder à l'inscription aujourd'hui et obtenir la signature plus tard ?

– Il vous manque une signature.

 

En deuxième année, je m'apprêtais donc à intégrer la Sorbonne, avec son immense bibliothèque, ses amphithéâtres en bois sculpté et son architecture majestueuse. 

Et bien non, les deux premières années du cursus se déroulent dans une antenne de la faculté, au métro de la Porte de Clignancourt. Donc, je vois défiler chaque jour toutes les stations de la ligne jusqu'au terminus, j'enchaîne sur 15 minutes de marche pour me retrouver dans des locaux excentrés et peu avenants. Mais peu importe, je suis à l'université !

J'enchaîne cependant les désillusions : je ne suis jamais regroupée avec les mêmes personnes en TD, les amphis rassemblent des dizaines et des dizaines de personnes qui se croisent sans se rencontrer…les enseignants ne nous connaissent pas et ne cherchent pas à nous connaître…la cafétéria est sordide…

Les premières semaines, je me sens donc bien seule…et il faut vraiment avoir le goût des études et l'envie d'avoir son diplôme pour s'accrocher. Personne ne vous rappelle à l'ordre si vous ne venez pas en cours. Vous pouvez dormir au fond de la salle de TD si le coeur vous en dit. Vous ratez un examen ? L'enseignant que vous contactez par mail ne vous répond jamais…

Et puis un jour, une étudiante qui présente un exposé vous paraît sympathique. Elle mange aussi toute seule et vous prenez sur vous de l'aborder. Finalement, vous avez quelqu'un à saluer en arrivant le matin, avec qui vous asseoir en amphi, avec qui manger votre sandwitch le midi. Fortes d'être deux, vous vous faites même une troisième amie, avec laquelle vous pouvez enfin parler des cours, des profs, des examens à passer et des livres à lire. 

Vous découvrez également qu'il existe un service des sports et des activités culturelles proposées aux étudiants. Vous intégrez l'équipe universitaire de volley, participez au ciné-club et envisagez même de participer à un voyage au ski au mois de février.

Vous restez anonyme aux yeux de la structure : les profs, les notes, les cours, les amphis. Mais vous vous constituez peu à peu un groupe d'amis et de connaissances qui vous permet d'affronter les méandres du système. Car même si vous étiez plutôt bon élève jusqu'au bac, les règles du jeu semblent avoir changées sans que personne n'ait pris la peine de vous mettre au courant.

Vous pensiez savoir rédiger une dissertation, faire un exposé, apprendre un cours, préparer un examen ?

 

La suite dans la partie 2

3 thoughts on “De la classe préparatoire à l’université : témoignage de ma deuxième année d’Histoire à la Sorbonne (partie 1)”

    1. Bonjour Fiona,

      Parfois, comme personne ne commente, j’ai l’impression que mes histoires n’intéressent personne…

      Mais non ! Vous me dites que vous attendez la suite ! Avec impatience en plus !

      Je vais donc trouver le temps d’écrire la suite : promis.

      A bientôt,

      Hélène

  1. Je viens de tomber sur votre récit, j’envisageais justement d’aller en prépa à Fénelon l’année prochaine étant déjà dans ce lycée en terminale… j’attends donc aussi avec impatience la suite!

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