Faut-il récompenser les élèves pour les motiver à étudier ?

De multiples expériences ont été réalisées en sciences sociales et humaines pour mieux comprendre les sources de la motivation.

 

Dans cet article, je vous propose de découvrir l'une d’entre elles, ainsi que son exploitation possible dans le cadre scolaire et universitaire.

 

En 1971, Edward Deci de l’université de Rochester met en œuvre une expérience dans le cadre de laquelle il demande à deux groupes de sujets de résoudre des puzzles.

 

Période 1 : identique pour les deux groupes.

  • les sujets doivent résoudre différents problèmes en un temps limité.

 

Période 2 : différente pour les deux groupes.

 

  • Groupe 1 : l’expérimentateur donne un dollar à chaque sujet pour chacun des puzzles qu’il aura réussi à réaliser.
  • Groupe 2 : aucune récompense n’est attribuée.

 

Période 3 : l’expérimentateur invoque une excuse et s’absente de la salle. Mais avant de partir, il propose aux sujets soit de continuer à faire des puzzles, soit de lire des revues, soit de ne rien faire…

 

Les sujets sont alors observés à leur insu.

 

Voici les résultats de cette expérience :

  1. Le temps passé à réaliser les puzzles est quasiment identique au cours de la première période.
  2. Lors de la deuxième période, le groupe récompensé passe plus de temps en moyenne à réaliser des puzzles (environ 6 minutes contre 4) que le groupe non récompensé. Hull a théorisé ce phénomène sous le nom de « loi du renforcement » (récompense=renforcement).
  3. Lors de la troisième période, de libre choix d’activité, l’effet est inversé : les sujets non récompensés continuent en moyenne plus longtemps à réaliser des puzzles.

 

Quelques années avant cette expérience, Harry Harlow, psychologue américain, avait mis en évidence la différence entre les motivations « intrinsèques » et les motivations « extrinsèques » d’apprentissage.

 

Les motivations extrinsèques sont régies par les renforcements (récompenses, argent, approbations verbales…), alors que les motivations intrinsèques n’ont de but que l’intérêt pour l’activité elle-même.

 

L’expérience des puzzles de Deci semble montrer que chez l’homme, les récompenses extrinsèques causent une diminution de la motivation intrinsèque. Dans ce cas, le sujet n’effectue plus le comportement pour la satisfaction qu’il peut en tirer mais pour d’autres motifs qui lui sont extérieurs.

 

Qu’en pensez-vous ?

 

Dans le cadre scolaire, il existe de multiples sources de motivations extrinsèques : les notes, le contrôle des présences, les punitions, les évaluations, les examens, les « bons points », les critiques, le jugement moral…

 

Il existe également de nombreuses sources de motivations intrinsèques : le plaisir d’apprendre, une relation satisfaisante avec un enseignant, le sens que l’on donne à ce que l’on apprend, le fait d’exploiter ses talents, les projets auxquels les apprenants sont associés…

 

Les motivations intrinsèques, lorsqu’elles sont privilégiées, favorisent l’autonomie et la motivation.

 

Pour rédiger cet article, je me suis appuyée sur le livre de Lieury et Fenouillet intitulé Motivation et réussite scolaire.

 

Lieury A., Fenouillet F., (2013). Motivation et réussite scolaire, Paris, Dunod.

4 thoughts on “Faut-il récompenser les élèves pour les motiver à étudier ?”

  1. Bonjour,

    La motivation provient de différentes sources et chaque personne a envie d'avancer/d'aller plus loin suivant plusieurs facteurs.

    Entre "extrinsèques " & "intrinsèques" j'ai du mal à voir la limite entre les deux ? Par exemple j'aurai classé le fait de travailler en groupe comme une motivation extrinsèque.

    Comme motivation je donnerai le rire, le fait d'apprendre et de passer un bon moment ensemble, je trouve celà un moteur formidable. J'ajouterais aussi l'auto-correction, la correction-croisée faite de manière bienveillante.

    Pour la période récompense avec prix à la clef, je trouve que "trouver le bon prix" c'est-à-dire en soi déterminer le prix qui convient pour tel ou tel produit /service recouvre un panel de points. Quel prix je m'attribue ?

    Merci pour cet article. Comment s'articule le livre "Motivation & réussite scolaire" ?

    1. Bonjour,

      J’aurais également tendance à classer le travail de groupe comme une source de motivation extrinsèque. Encore que cela dépend de la façon dont l’étudiant appréhende ce type d’exercice. S’il le vit comme une contrainte parce qu’il préfère travailler tout seul…

      Dans leur livre, Lieury et Fenouillet présente une analyse des liens entre motivation et réussite scolaire à partir des résultats de recherches  menées en sciences sociales expérimentales. Je trouve qu’il s’agit d’une bonne synthèse.

      A bientôt,

      Hélène

  2. Bonsoir,

    1. J'avais vu un discours TED sur le bénéfice de la récompense sur la motivation et la créativité (TED talk) sur le même thème.

    2. Je ne pense pas que les "motivations intrinsèques et extrinsèques" soient intrinsèquement liées à une personne. Je pense plutôt que notre éducation nous dicte de se satisfaire de certains aspects de ce que l'on fait plutôt que d'autres (notamment la jouissance de la liberté et le bonheur pour les motivations intrinsèques et tout ce qui permet d'y arriver pour les motivations extrinsèques). Ma vision des choses est différente. Et justement, de ce que j'ai pu lire, la pédagogie dans les pays nordiques poussent les élèves à avoir pour motivation intrinsèque non pas l'apprentissage mais le partage, non pas la réussite personnelle, mais la réussite collective (voire solidaire), mais aussi d'avoir pour motivation intrinsèque l'immense gratitude de recevoir un savoir que quelqu'un prends le temps de partager et ou la théorie de la note-hiérarchisante n'est plus… Et j'ai envie de dire que d'un certain point de vue, cela favorise la réflexion des élèves et peut se rapprocher en un sens de la méditation : le savoir n'est plus une nécessité pour valider une étape (via un test et une note) mais est un objet à partir du quel part la réflexion et la créativité. Ainsi, la motivation trouve ces sources ailleurs, et n'est quasiment jamais plus extrinsèque : le partage pour le partage, l'apprentissage pour l'apprentissage, et la réflexion pour la réflexion. Le test est la note n'est alors qu'une étape.

    J’ai eu cette réflexion au Danemark et j’y ai mis des mots à la suite de votre article mais je ne sais absolument pas si ça à un sens…

    Maxime

    1. Bonjour Maxime,

      Je trouve votre réflexion très intéressante : comment classer les motivations intrinsèques et extrinsèques ? Comment déterminer si une stratégie pédagogique va favoriser tel ou tel type de motivation chez les apprenants ?

      Effectivement, une même situation pourra solliciter les motivations intrinsèques de l’un et constituer une source de motivation extrinsèque pour l’autre…

      A bientôt,

      Hélène

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