Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 7)

Cette série d'articles correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012. 

Pour commencer par la partie 1 : cliquez ici.

 

19- Comment mémoriser un long texte ?

Dans le cadre de son entraînement, Joshua Foer se surprend un jour à apprendre un poème en répétant les vers comme un perroquet, exactement ce qu’il n’est pas censé faire.

Le problème de la mémorisation d’un long texte écrit ou d’un discours contrarie les mnémonistes depuis des millénaires.

Celui qui veut apprendre un texte peut soit en mémoriser la substance, soit s’en souvenir mot à mot. page17image22312

Cicéron estimait pour sa part que la meilleure manière de mémoriser un discours était d’en assimiler les points clés, et ensuite de créer une image pour chaque idée.

Notre mémoire ne retient en effet que les situations d’ensemble. Ce qui importe, c’est la signification des mots. Car c’est cela que notre cerveau sait si bien mémoriser.

Mais dans une culture qui repose sur la mémoire, il est essentiel que les gens aient des pensées « mémorables ».

Le cerveau se souvient bien des choses répétées, des phrases rythmées, des rimes, des structures régulières et par-dessus tout, des éléments qui se visualisent facilement.

Notre cerveau donne un sens au monde qui nous entoure en repérant des schémas et des structures récurrents dans les informations qui lui parviennent.

Ainsi, la méthode qui consiste à mettre les mots en musique ou en vers rimés est idéale pour augmenter le degré de schématisation et de structuration du langage (ex : l’alphabet appris aux enfants sous forme de comptine).

En 1920, Milman Parry, un étudiant de l’université de Berkeley de tout juste 18 ans, choisit le problème de la paternité de l’œuvre d’Homère comme sujet de mémoire de maîtrise.

La preuve que les poèmes homériques avaient été transmis par voie orale était repérable dans les textes eux-mêmes : toutes les bizarreries stylistiques qui rendaient tant de lecteurs perplexes (éléments narratifs trop convenus et trop récurrents, épithètes bizarrement répétitives) étaient des sortes de preuves matérielles de la méthode de fabrication des poèmes dans le but de les rendre les plus mémorables possible.

Parry découvrit qu’au lieu de transmettre le texte proprement dit, les rhapsodistes des Balkans communiquaient un ensemble de règles stéréotypées qui permettaient de reconstruire le poème : chaque récitation de l’histoire n’était pas exactement identique à la précédente, mais elle lui ressemblait beaucoup.

Selon l’auteur anonyme de l’Hérennius, le meilleur moyen de se souvenir d’une poésie est de répéter chaque vers deux ou trois fois avant d’essayer de la voir sous forme d’images.

Chaque image est ensuite localisée le long d’un trajet au sein d’un palais de mémoire. Mais cette méthode pose deux problèmes évidents :

  • –  Il existe des tas de mots impossibles à visualiser,

  • –  Une image peut prêter à confusion et « faire penser » à plusieurs mots proches au niveau du sens et de la sonorité.

     

Cicéron proposa une méthode « pour voir ce qui n’est pas visible » : il développa un système d’images symboliques qui représentaient les conjonctions, les articles et les autres connecteurs syntaxiques de la langue.page18image25296

Une autre méthode permet également de mémoriser ce qui n’est pas « visible » : il faut visualiser, à la place du mot problématique, soit un mot à la sonorité similaire, soit un mot qui fait calembour avec lui.

Par contre, ce processus de transformation des mots en images équivaut à une forme de mémorisation par l’oubli : afin de mémoriser un mot par ses composantes sonores, il faut complètement ignorer sa signification.

En interrogeant une Autrichienne de 15 ans dans le cadre du championnat du monde de mémorisation, Joshua Foer découvre encore une autre méthode :

  • –  Pour retenir le poème, Corinna Draschl avait besoin de comprendre ce qu’il évoquait sur le plan cognitif et affectif.

  • –  Pour le retenir, elle le divisait en petits paquets auquel elle assignait diverses émotions.

  • –  Plutôt que d’associer les mots à des images, elle les associait à des sentiments.

     

Cette technique est proche de celle utilisée par les acteurs pour mémoriser leur texte. 

 

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