L’aventure du doctorat (et de ce que l’on fait après) par Laetitia Gérard

De nombreux internautes arrivent sur ce blog parce qu'ils recherchent des informations et des conseils pour les aider à réaliser un écrit universitaire. Au mois de juin dernier, à l'occasion d'une formation qu'elle est venue assurer sur le thème de la pédagogie universitaire, j'ai rencontré Laetitia GERARD. Son intervention m'a beaucoup plu. Et j'ai appris qu'elle tenait un blog et avait publié un ouvrage sur le doctorat.

Ni une, ni deux, je lui ai proposé de répondre à quelques questions pour vous faire découvrir son travail.

 
 
En 2014, vous avez publié un livre intitulé « Le doctorat : un rite de passage » (aux éditions Téraèdre). Comment vous est venue l’idée de cet ouvrage et à qui s’adresse-t-il ?
 
Lorsque j'ai su que Remi Hess ferait parti de mon jury de thèse, je me suis intéressée d'un peu plus près à ses travaux. J'ai découvert alors l'univers des journaux de bord. Le passage du doctorat au vide de l'après doctorat m'angoissait beaucoup, et tenir un journal de bord semblait être un moyen de mieux vivre ce passage, de part la mise en mot et le retour réflexif sur ses actions.

 
Après la soutenance, je me suis donc mise à écrire, écrire, écrire tous les jours dans ce journal de bord.
 
Parallèlement, j'ai commencé à mener quelques recherches sur le thème du doctorat et à lire tous les travaux sur le sujet. Je m'y suis intéressée parce que le doctorat a été une véritable révélation pour moi, il m'a complètement transformée.
 
Je ne me rappelle plus exactement comment l'idée d'écrire un livre m'est venue. Je me souviens simplement qu'il n'y avait aucun livre "complet" sur ce sujet, c'est à dire un livre qui évoquait les différentes dimensions du doctorat (la direction doctorale, le vécu, l'entourage, les compétences, etc.). J'aime les nouveaux challenges, je me suis lancée. Je pense que j'en avais aussi besoin pour clôturer ce chapitre de ma vie, c'est un peu mon rite à moi.
 
Le livre d'adresse à tous les étudiants de master qui souhaitent poursuivre en doctorat ou qui hésitent encore. Il s'adresse aux doctorants, pour qu'ils se sentent moins seuls dans cette aventure. Il y a peut-être quelques clés qui peuvent les aider à avancer. Les directeurs de recherches et les chercheurs qui travaillent sur le thème du doctorat peuvent également y trouver leur intérêt. On peut ajouter la famille, le conjoint et les amis qui souhaitent comprendre l'univers dans lequel évolue leur ami(e), fils/fille ou compagne/compagnon doctorant(e).
 
Vous évoquez dans votre livre tous les stéréotypes qui collent à l’image du doctorant (un geek asocial obnubilé par son sujet de recherche, par exemple), comme si le travail mené n’était pas exploitable en-dehors du laboratoire de recherche. Mais finalement, faire une thèse, à quoi ça sert ?
 
Les stéréotypes nous collent à la peau, mais les mentalités évoluent. Il y a de plus en plus d'articles journalistiques qui parlent du doctorat, des initiatives telles que Ma thèse en 180 secondes, Dance your PhD, etc. se développent. On parle de plus en plus du doctorat, ça permet de casser un peu ces stéréotypes erronés.
 
Aujourd'hui, le doctorat est davantage une formation par la recherche qu'une formation à la recherche. Le doctorant développe de nombreuses compétences disciplinaires et transversales qu'il peut faire valoir en dehors de la sphère académique. L'enquête CAREER de Adoc Talent Management montre bien que les compétences attendues par les employeurs correspondent aux compétences acquises par les docteurs. 
 
De nombreux étudiants ne se sentent pas particulièrement soutenus par l’enseignant chargé de les accompagner (en thèse, mais également en Master, voire en Licence…). Vous expliquez que l’apport du directeur de recherche peut être appréhendé comme un dû ou comme un don, et que cela a une incidence sur la relation prof/étudiant. Pourriez-vous expliquer votre approche ?
 
C'est une approche anthropologique des choses, mais on peut l'analyser sous un autre angle. J'ai mené ma thèse sur le sujet de la direction de recherches, j'avais interrogé un peu partout en france des binômes directeur-jeune chercheur. Je me suis aperçue que la principale source de difficulté au sein du binôme était tout simplement le manque d'explicitation quant aux rôles de chacun.
 
Prenons un exemple, un directeur dit "moi je considère que c'est à l'étudiant de me solliciter, parce que ça fait partie de son rôle, il doit apprendre à développer son autonomie", son étudiant me dit "mon directeur ne me contacte jamais, il ne m'aime pas, il n'est pas intéressé par  mon sujet". C'est ce genre de situation qui conduit à l'abandon.
 
Le directeur considère que ça fait partie du rôle de l'étudiant de le contacter, l'étudiant considère que ça fait partie du rôle de son directeur. Le directeur envisage ça sous l'angle scientifique "pour développer son autonomie", l'étudiant l'envisage sous l'angle relationnel "il ne n'aime pas". Si les choses étaient clairement explicitées au sein du binôme, en disant: "mon rôle c'est ça, votre rôle c'est ça, n'attendez pas ça de moi etc", l'étudiant n'aurait pas cette sensation d'être délaissé. 
 
Parfois, on imagine qu’un docteur ne possède qu’un seul domaine de spécialisation (par exemple, « Les chevaliers-paysans de l’an 1000 au lac de Paladru ») et que du coup, son employabilité en-dehors de la recherche doit être considérée comme nulle. Pour vous, le doctorat construit des compétences transversales qui mériteraient d’être davantage valorisées, lesquelles ?
 
Comme je le disais, le doctorat est avant tout une formation PAR la recherche, finalement le sujet de la thèse n'est qu'un prétexte au développement de compétences de haut niveau.
 
Peu importe son sujet, le doctorant a développé des compétences telles que la communication écrite et orale, l'autonomie, la rigueur, les langues, la gestion de projet, la capacité d'adaptation, de travail, la résilience etc. Il ne faut pas hésiter aussi à compléter son doctorat par des formations annexes si l'on considère que l'on a des "manques". On ne peut pas être super compétent dans tout. Il faut accepter ses manques et les combler.
 
Si vos lecteurs ne retenaient qu’une seule chose de votre livre, laquelle voudriez-vous que ce soit ?
 
Le doctorat est une expérience de vie unique qui participe à une transformation identitaire et professionnelle considérable. 

Quelles sont vos activités actuellement, quels projets menez-vous et comment faire appel à vous ?

 
J'ai plusieurs activités. Mon principal métier est consultante internationale indépendante dans le domaine de la modernisation des universités, et plus particulièrement dans les pays en développement (pédagogie universitaire, qualité de l'enseignement supérieur, audit pédagogique, etc.).
 
Je suis aussi formatrice, j'anime des formations sur la pédagogie universitaire et la valorisation des compétences des docteurs en France, Suisse et Belgique.
 
Je suis par ailleurs dessinatrice, je dessine la vie des doctorants sur mon blog www.phdelirium.com et j'ai notamment publié deux bandes dessinées sur ce sujet. 

 

Découvrez également la bande dessinée de Thiphaine Rivière sur le même sujet :

Et bon courage à tous les doctorants !

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