Quand un prof redevient étudiant, il comprend souvent différemment les problèmes rencontrés par ses propres élèves…

 
 

Je rencontre souvent des étudiants qui se plaignent de leurs enseignants…

Quel est leur sujet de récrimination ?

Ils ne comprennent pas. L'enseignant leur transmet en cours des définitions, leur propose des démonstrations, attire leur attention sur des données "importantes", "incontournables" et "essentielles à connaître". Les étudiants prennent consciencieusement en note ce contenu; ils en font des fiches et les apprennent par coeur.

Puis viennent les exercices. Et là, ils s'aperçoivent qu'ils n'ont pas "ce qu'il faut" pour les résoudre.

Pourquoi ?

Parce qu'ils ne savent pas "comment faire". Pourtant, ils "savent" plein de choses, mais pas comment appliquer, réutiliser, articuler leurs connaissances à une démarche concrète qui leur permettrait d'envisager des solutions aux problèmes qui leur sont soumis, en TD, ou plus généralement au moment des examens.

Evidemment, cette présentation est partiale : tout se passe comme si les étudiants étaient irréprochables et les profs mauvais.

Voici donc une autre situation qui permettra de nuancer…

Afin de mieux comprendre ce qui met en difficulté les étudiants quand ils doivent préparer leurs exercices de TD (plus d'un sur deux ne les préparent pas…), j'organise des séances de travail avec plusieurs groupes d'étudiants. Ils choisissent de préparer leurs exercices de maths et sortent donc leurs énoncés et leur cours.

Il ne faut que quelques minutes pour qu'ils me disent être dans l'impasse. Que se passe-t-il ?

Ils n'ont aucune idée des outils qu'ils pourraient utiliser pour répondre aux questions. Mais connaissent-ils leur cours ? Ont-ils une idée de tous les outils qui pourraient éventuellement leur être utiles dans le cadre du problème en question ? Savent-ils comment s'organiser pour chercher cet outil ? Sauraient-ils comment se servir de l'outil s'ils savaient lequel utiliser ? Non, non, non et non.

Il ne sert donc strictement à rien de se confronter à des problèmes (exercice, dissertation à écrire…) si l'on n'a pas une idée concrète du panel d'outils à notre disposition. En général, ces outils sont dans le cours…

Cependant, les enseignants structurent leurs cours de différentes manières, et c'est là que les choses se corsent…

Pour être capable de résoudre des problèmes, il faut avoir envisagé l'usage concret et pratique des outils nécessaires (théorèmes, notions, concepts, définitions…). Certains enseignants l'abordent dans leurs cours, d'autres non.

En réalité, j'ai eu une immense compassion pour mes étudiants quand je me suis retrouvée dans la situation suivante :

Je participe, en tant qu'étudiante donc, à une formation en informatique, où tout se passe en ligne (transmission de contenus, exercices, corrections, etc.). Je ne suis pas très douée, mais j'ai à coeur de progresser… Au début de la formation, des contenus de "cours" nous sont transmis : ils comprennent tout un ensemble d'informations à "savoir". Je lis donc les contenus et je réponds aux tests afférents. Il s'agit de contrôles de connaissances et tout se passe bien.

Nous abordons alors progressivement des contenus où il s'agit pour nous d'apprendre à "savoir faire". Sauf que les contenus restent les mêmes : des définitions, des informations, mais pas de démarche concrète pour "appliquer". Les exercices demandent de maîtriser l'outil et son mode d'emploi, pas uniquement d'être capable de le définir.

Je me suis souvent retrouvée confrontée à des situations de ce type avec mes propres étudiants. Lorsque j'enseignais en école d'éducateur, les étudiants devaient rédiger des mémoires professionnels : trouver une problématique, faire un plan, articuler leur expérience pratique à des apports théoriques, etc. Ils se mettaient à l'ouvrage et me présentaient ce qu'ils obtenaient en "premier jet".

Il arrivait alors fréquemment que je mesure un écart important entre ce qui était attendu et ce qu'ils avaient produit. Leur donner en exemple un mémoire satisfaisant et abouti les aidait parfois, mais se révélait la plupart du temps insuffisant. Ils acceptaient mes remarques et convenaient eux-mêmes qu'il était nécessaire de revoir leur copie. Mais "comment faire" ?

Et c'est là que le travail du prof est difficile :

– Comment montrer sans "faire à la place" ?

– Comment retrouver toutes les étapes pour aboutir au résultat sans se cacher derrière le "c'est pourtant évident" ou "mais vous ne comprenez pas ça !??!? Alors là, je ne peux plus rien pour vous" ?

– Comment aider l'étudiant à trouver lui-même le résulat, en l'aiguillant sans le "prendre en charge" ?

Comment l'aider à devenir autonome, autrement dit à développer la compétence et des moyens réutilisables de "trouver par lui-même" ?

Pour paraphraser Philippe Meirieu : non, le savoir n'est pas à lui-même sa propre pédagogie. Il ne suffit pas de répondre aux  questions "c'est quoi ?" et "pourquoi ?" pour accompagner les étudiants dans l'acquisition des compétences qu'on leur demande de savoir maîtriser.

Mais c'est là également que le métier d'enseignant est passionnant.

 

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