Se motiver à travailler grâce à la technique « Pomodoro »

Il y a quelques jours, une internaute m'a parlé de la méthode "pomodoro", qui permet de booster la motivation et a constitué pour elle un remède efficace contre la procrastination.

Comme je trouve qu'elle explique particulièrement bien le système dans son message, je lui ai demandé l'autorisation de le publier directement sur le site.

 

"Je vous écris parce que j'apprécie votre site, et je pense que si j'avais parcouru quelques uns de vos articles plus tôt, les choses auraient été plus faciles pour moi !

En effet, beaucoup de sujets font écho aux questions que je me posais durant mon parcours, scolaire en particulier. Je me suis beaucoup cherchée à travers les études (pas trouvée totalement je dois l'avouer.)

Je suis arrivée sur votre site une première fois en cherchant des informations sur les moyens de lutter contre la procrastination.

J'ai trouvé ma méthode qui ne figure pas sur votre site et qui je pense pourra aider beaucoup de gens, c'est le Pomodoro (tomate en italien : le nom de la méthode vient de la forme du minuteur qui a été utilisé pour réaliser cette méthode).

Le principe est très simple. Tout d'abord, il faut lister les tâches à accomplir ( une tâche=une tomate). Pendant 25 min, se consacrer uniquement et exclusivement à cette tâche, puis 5 minutes de pause, où l'on ne fait strictement rien. Puis une autre tomate, 5 minutes de pause, jusqu'à atteindre 4 tomates. A l'issue des 4 pomodori, 15 minutes de pause.

Prendre des notes sur les tâches réalisées et faire un bilan des tâches réalisées dans la journée.

 

Simple non?

Quelques sites francophones traitent de cette méthode aussi facile à mettre en pratique qu'efficace, vous pourriez le tester et pourquoi pas en faire un très bon article.

Le plus difficile est de débuter la première tâche mais une fois dans le bain, les choses se font d'elle-même. Il est même difficile de s'arrêter à l'issue des 25 minutes!

On évoque souvent la procrastination comme une peur de l'échec, une peur de la réussite, un perfectionnisme et pour moi les causes sont plus complexes, plus profondes  qu'une simple peur. C'est une souffrance, souffrance parce que je me suis bloquée dans la vie, à force de ne pas faire les choses à temps et souffrance parce que je culpabilisais pendant ces périodes d'inactivité. En ce moment je cherche du travail. Une partie de moi ne veut pas (alors que l'autre à très envie, parce qu'elle doute encore de savoir si elle peut être productive).

Je ne prétends pas avoir résolu mes problèmes de procrastination, mais je suis parvenue en revanche à  trouver un cadre dans lequel je m'autorise à ne rien faire sans m'en vouloir et où je peux me rendre compte de l'avancement de mon travail.

Ces doutes s'estompent peu à peu parce que je prends confiance en moi.

Voilà mon modeste témoignage.

Au plaisir de vous lire à nouveau,

Azul"

 

J'avais pour ma part découvert cette méthode sur le site Réussite Etudes. Nivek, l'auteur du blog, était également convaincu de son intérêt.

Pourtant, quand je l'ai présentée à mes étudiants, certains n'ont pas du tout accroché, voire ont carrément rejeté l'idée en bloc.

Comment comprendre leurs réactions ? Leur méfiance les ferait-elle passer à côté d'une méthode révolutionnaire pour lutter contre la procrastination ?

Explorons ces différentes questions ensemble…

 

Sur quels principes cette technique se base-t-elle ?

Le minuteur crée artificiellement la même sensation d'urgence que vous ressentez quelques jours avant un examen ou avant la date butoir fixant la remise d'un devoir. 

Le dos au mur, vous êtes contraint de vous y mettre si vous ne voulez pas échouer, décevoir ou écoper d'une note difficile à rattraper.

L'excitation générée sécrète de l'adrénaline qui, bien canalisée, augmente vos capacités de concentration.

Le tic-tac du minuteur, les 25 minutes chrono et la sonnerie qui annonce la fin de la séquence de travail donnent aussi une dimension ludique à la chose. Vous ne maîtrisez plus le temps dont vous disposez. Celui-ci sera court et hâché. 

Peut-être ne pourrez-vous pas venir à bout de votre tâche dans le temps imparti.

Vite. Vite. Vite. Soyez efficace et ne perdez pas une seule seconde à rêvasser.

Une baisse de régime ?

Un oeil au temps restant.

17 minutes ? 12 minutes ? 4 minutes ?

La pause est en vue. 

L'exercice en est encore à ses débuts.

Sonnerie.

Pause obligatoire.

Vous auriez envie de continuer ?

Non. La pause est obigatoire.

5 minutes. 

Vous allez aux toilettes. Vous fumez une cigarette. Vous croquez dans une pomme (dans une tomate) ou vous faites quelques étirements.

Et c'est reparti pour 25 minutes.

 

C'est vous qui maîtrisez le temps en acceptant de jouer le jeu de l'exercice. En même temps, vous y êtes soumis et devez accepter le sensation d'urgence qui va avec.

Quel bénéfice retirez-vous de cette "urgence factice" ?

Ne plus réfléchir, ni au "quand", ni au "pourquoi".

En 25 minutes, vous n'avez plus le temps de consulter votre page facebook ou vos mails.

En 25 minutes, tout votre exercice de maths doit y passer.

L'une des causes de la procrastination est une perception déformée du temps.

Vous semblez en avoir toujours suffisamment pour venir à bout de vos obligations.

Un examen à réviser ? 

Une semaine avant, ce sera encore bon. 

Et puis finalement, le week-end suffira bien.

En un dimanche c'est fait. C'est tout de même long une journée entière…

Seulement l'après-midi ?

La soirée ?

La nuit…

 

Et puis quand on s'y met vraiment, on découvre progressivement l'étendue du travail à abattre.

Et une nuit n'y suffira pas.

La technique "pomodoro" vous impose d'arrêter de réfléchir. C'est maintenant ou jamais.

 

Cela vous permet-il vraiment de lutter contre la procrastination ?

Oui et non.

Tout dépend en fait de la cause de votre procrastination. 

Si vous avez besoin d'un cadre pour vous y mettre et que l'urgence est pour vous bonne conseillère, cette technique pourra vous être très utile.

Si vous doutez de vos capacités ou que vous êtes très perfectionniste, cela vous évitera d'y penser pendant ce temps au moins. 

 

Mais si le problème est ailleurs ?

Et si le projet dans lequel vous êtes engagé ne vous correspondait pas ?

Et si vous ne comprenez rien à la matière que vous devez réviser ?

Et si vous n'avez aucune idée de ce qui est attendu de vous ?

Et si cela n'a plus aucun sens pour vous de suivre les études que vous suivez ?

 

25 minutes n'y changeront rien. Elles repousseront simplement le moment où vous allez enfin oser de vous poser les bonnes questions. 

Parce que la procrastination a parfois ses raisons que la raison ignore.

Vous savez pertinamment que vous DEVEZ travailler. 

Vous voulez obtenir votre examen ou votre concours ou encore venir à bout d'un travail en attente.

Et pourtant, vous ne pervenez pas à vous y mettre. 

Vos résistances sont insurmontables.

 

Ne vous êtes-vous jamais demandé si vous n'aviez pas raison de résister ?

 

Quand je rencontre des étudiants en tant que psychologue, je n'essaye pas de leur prouver qu'il est dans leur intérêt de travailler (en général le discours leur a déjà été tenu maintes et maintes fois…ils sont donc déprimés, culpabilisés et leur estime d'eux-mêmes en a pris un coup).

Je cherche à comprendre avec eux quel sens pourrait avoir cette "fatigue insurmontable" qui les assaille dès qu'ils s'assoient à leur bureau. 

Nous parlons alors bien souvent de tout autre chose que de leurs révisions : pourquoi ont-il choisi telle orientation ? Qu'en pensent leurs parents ? Comment se sentent-ils depuis qu'ils vivent tout seul, qu'ils doivent prendre en charge leur quotidien, qu'ils vivent loin de leur famille et de leurs amis ? Se sont-ils constitué un nouveau groupe d'amis depuis la rentrée ? Trouvent-ils leurs marques à l'université ? Ont-ils compris ce que les profs attendent d'eux ? Comprennent-ils en cours ? Parviennent-ils à s'organiser pour travailler ? Etc.

Parfois, lorsque vous avez tout essayé pour vous forcer à travailler, il peut s'avérer salutaire de rechercher ailleurs les réponses à vos difficultés.

Comme l'écrit Azul, la procrastination peut être beaucoup plus qu'un simple problème de confiance en soi. Lorsqu'elle s'accompagne de souffrance et donne le sentiment "d'être bloqué dans la vie", elle donne au contraire un signal d'alerte qu'il ne faut pas manquer. En parler avec un professionnel peut alors se révéler une nécessité.

Ce témoignage donne également un message d'espoir. Il montre à quel point nous sommes traversés par des croyances et des envies contradictoires. Vous pouvez travailler à lutter contre celles qui vous handicapent et vous empêchent de réaliser vos projets : les articles de la série "Se motiver à travailler" ont pour objectif de vous proposer des techniques concrètes pour vous y aider. La technique "pomodoro" en est une parfaite illustration.

Mais vous pouvez également approfondir les raisons plus profondes qui vous brident et vous font même souffrir au quotidien. 

 

Merci encore Azul pour votre témoignage,

Hélène

4 thoughts on “Se motiver à travailler grâce à la technique « Pomodoro »”

  1. Bonjour Hélène,
    Je suis contente de lire votre article sur les Pomodori.
    Je comprends la réticence de vos étudiants vis-à-vis de cette technique, moi-même avant de l'utiliser je craignais que le minuteur me stresse davantage. J'avais au début téléchargé un logiciel mais j'ai été gênée par son tic-tac. J'utilise un timer qui ne sonne qu'à l'issue des 25 minutes.
    Ensuite, pour que la méthode soit efficace, il ne faut évidemment pas négliger la liste des tâches à effectuer. Et à mon sens c'est à ce niveau que le Pomodoro tire tout son intérêt.
    Il faut en effet lister des tâches réalisables à exécuter en 25 min. Pour un procrastinateur qui a une notion du temps plutôt "exotique", et qui se donne toujours des objectifs impossibles à réaliser, cette limitation permet de recadrer les choses et de véritablement découper son travail, en petites tâches, quant à elles réalistes.
    Ce qui me manquait dans les méthodes de lutte contre la procrastination que j'avais lues ça et là et que j'ai retrouvé dans le Pomodoro, c'est l'introducteur du paramètres temps dans sa list de choses à faire. Plusieurs fois, je me faisais des do-ing lists, que je ne rerminais jamais parce que je fixais la barre trop haut. 25 min c'est juste bien pour rester concentrer.
    L'autre avantage, ce sont les pauses, car courtes elles aussi. Juste ce qu'il faut pour consulter rapidement sa boîte mail, faire les peites choses futiles que l'on fait d'ordiaire à la place de son travail. L'aternance 25 minutes de concentration totale puis de pause rapide mais de repos toutefois, empêchent de culpabiliser. Et c'est le plus important. Parvenir à introduire une dynamique positive de travail et donc de confiance en soi.
    Alors, évidemment, j'ai bien conscience que le Pomodoro reste un outil. S'il marche pour moi, il ne marchera pas pour d'autres. Selon le travail à effectuer, j'adapte le temps. J'ai remarqué par exemple que je lisais des documents PDF "faciles" à environ un rythme d'1minute par page, j'adapte donc en fonction de ce que j'ai à faire.
    De la même façon, j'ai compris que cette technique ne marchait pas pour tout. En lisant sur le sujet, j'ai compris que l'on  peut être un multi-procrastinateur. Le procrastinateur sympa qui se donne le temps de ne rien faire, qui flâne, qui réfléchit, qui est créatif. Il peut aussi être le perfectionniste, comme vous le dites très bien, pour qui le pomodoro est d'un grand secours, il peut être aussi le procrastinateur angoissé. Il est évident que si cette procrastination plombe l'existence, empêche de vivre une existence normale, c'est que se cachent des choses plus profondes et complexes.  J'insistais sur le sentiment de culpabilité, qui cristallise davantage d'éléments, il me semble que la simple peur de l'échec, de la réussite ou de la confiance en soi. Je travaille actuellement à approcher le problème par ce biais avec un psy. L'être humain est bourré  de croyances limitantes et tire souvent des bénéfices secondaires de ce qu'il lui arrive sans toujours le savoir.
    Ce témoignage avait juste  pour objectif de  dire aux personnes qui ont les mêmes difficultés qu'il existe des solutions, que ces dernières peuvent être simples à mettre en oeuvre, pomodoro ou autres. Qu'elles ne perdent pas espoir.
    Azul.

    1. Bonjour Azul,

      Vos compléments sont très intéressants.

      Effectivement, le temps de préparation qui précède le « lancement du minuteur » est essentiel : bien lister les tâches et les découper en opérations réalisables en  25 minutes est primordial.

      Les temps de pause vous permettent de déculpabiliser quand vous prenez le temps de faire autre chose (cigarette, facebook, mails…). Tony Buzan insiste également sur leur intérêt en ce qui concerne la mémorisation des informations : pendant ces petites pauses, votre cerveau continue à faire des liens entre les informations et donc à les assimiler.

      Je vous remercie pour votre enthousiasme. Votre expérience redonne effectivement envie d’y croire !

      A bientôt,

      Hélène

  2. Merci!!
    Je suis en pleine rédaction de mon mémoire, et j’ai un gros coup de mou… Difficile de se remettre au travail… Pourtant, il ne me reste qu’une quinzaine de pages!
    Puis, je suis tombée sur cet article, et j’ai appliqué la méthode Pomodoro. Je n’ai pas encore fini mon mémoire, mais j’ai bien avancé avec cette technique. ça m’a beaucoup boosté!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *