Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 3)

Cette série d'articles correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012. 

Pour commencer par la partie 1 : cliquez ici.

 

7- Les prodiges de notre mémoire visuelle

Pendant le championnat des Etats-Unis de mémorisation, Joshua Foer fait la rencontre d’Ed Cook.

Afin de lui démontrer combien nos capacités de mémorisation sont déjà exceptionnelles en soi, du moins pour retenir un certain type d’information, celui-ci le convie à assister à une intervention qu’il doit faire le jour même devant une classe d’élèves du Nord de Manhattan.

Ed Cook fait passer aux élèves un test connu sous le nom de « test de reconnaissance des doubles photographiques ».

La consigne était la suivante : une série de 30 photographies sont projetées sur un écran à raison d’une toutes les demi-secondes. L’objectif est d’en mémoriser le maximum.

Ensuite, des séries de 2 diapositives sont projetées : chaque fois, l’une des deux fait partie de la liste initiale. Il s’agit de définir laquelle.

Le test montre que tous les élèves de la classe sont en mesure de reconnaître les bonnes diapos.

En 1970, cette expérience fut menée à grande échelle. Les sujets durent visionner non pas 30 mais 10 000 images (ce qui prit une semaine entière). Il ne voyait les images qu’une seule fois.

Malgré cela, ils s’étaient révélés capables de se souvenir de plus de 80% des images.

Quelque part dans votre esprit, il y a une trace de tout ce que vous avez jamais vu.

8- Le cerveau humain enregistre tout ce à quoi il accorde un degré minimum d’attention consciente

Le psychologue hollandais Willem Wagenaar parvint à cette même conclusion en réalisant le protocole d’expérience suivant : chaque soir pendant 6 années, il prit consciencieusement en note un ou deux évènements remarquables qui lui étaient arrivés dans la journée.

Il commença ensuite à se tester en tentant de se remémorer les évènements qu’il avait pris en note 6 ans plus tôt.

Il réalisa qu’un petit nombre d’indices évocatoires suffisait à lui remettre les évènements en tête, mais que 20% d’entre eux semblaient avoir bel et bien disparus.

Mais ces souvenirs-là s’étaient-ils pour autant réellement effacés de sa mémoire ?

Il eu alors l’idée de solliciter les personnes de son entourage pour leur demander si elles se souvenaient des événements en question. Il réalisa qu’il suffisait que l’une d’elles se souvienne de quelques éléments évocateurs pour que de nouveaux fragments de souvenir lui reviennent également.

9- Qu’en est-il de la « mémoire photographique » ?

Que des gens possèdent la capacité de stocker des clichés mentaux identiques à des images d’appareils photographiques et d’en conserver longtemps une mémoire fidèle n’a jamais été prouvé scientifiquement. 

C'est d'ailleurs ce que confirme Alain Lieury, enseignant-chercheur français spécialiste de la mémoire dans cet article dont je vous recommande la lecture : La mémoire visuelle, une croyance encore tenace (je me demande néanmoins si dans cet article, ce n'est pas plutôt, comme le dit Foer, la notion de "mémoire photographique" qui est discutée).

 

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3 thoughts on “Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 3)”

  1. Bonjour

    Première remarque, le test de mémoire visuelle est réalisé de manière à ce que les autres sens ne soient pas stimulés. Le sujet ne bouge pas, ne sent pas, ne mange pas et n’entend pas. Des études ont-elles déjà été réalisées sur la mémoire visuelle lorsque d’autres sens sont aussi stimulés ? Et d’autre part, y a-t-il eu des tests avec les autres sens ? Avec le toucher, ce serait compliqué car il n’existe pas des millions de textures différentes. Avec le goût et l’odorat, ce serait aussi assez compliquer à mettre en place. En revanche, avec l’auditif, on pourrait imaginer un test similaire. On fait écouter des ambiances, des thèmes musicaux ou des bruits d’objets d’une durée pour chaque extrait de quelques secondes. Le but serait d’en mémoriser le plus possible. On demanderait par la suite aux sujets de réécouter quelques extraits, en indiquant à chaque fois pour chaque extrait, s’ils pensent l’avoir déjà entendu dans la série d’extraits.

    La deuxième remarque que je voulais apporter à beaucoup changer avec la lecture de l’article d’Alain Lieury. Je voulais faire référence à la mémoire photographique de Stephen Wiltshire dont l’auteur exprime en commentaire que ce cas est inexpliqué à ce jour, malgré le fait que Stephen Wiltshire soit atteint d’autisme.

    Alain Lieury démolit clairement et simplement le modèle des trois mémoires mais quand il explique trop brièvement « sa » théorie des mémoires, il reprend largement, à mon sens, l’idée que la mémoire repose sur des principes visuels, voire autre comme le montre la citation suivante :

    « L’impression de « voir » la page d’un livre vient d’une autre mémoire, la mémoire imagée, mais qui est « virtuelle », elle construit des images en tenant compte des connaissances (un bateau, une orange) »

    Je pense finalement qu’avec son analyse, il est possible d’exploiter ses capacités visuels non pas en mémorisant des informations « lus » mais en rendant « lisibles » les informations. En revanche, ce qu’il n’explique pas, et c’est peut-être là où le modèle des trois mémoires le rejoint, c’est que la plupart des personnes qui mémoriseraient en rendant les informations « lisibles » aient aussi des capacités accrus dans le domaine de la lecture. Et ce serait raisonnablement logique que de penser qu’une personne qui a des faciliter de lecture se mette à mémoriser les informations sous forme de textes, de listes, de mots, etc. Qu’une personne avec une vision accrue ou une vision qui ait été particulièrement sollicité pendant l’enfance d’un individu se mette à mémoriser les informations sous forme d’images, de schéma, de diagrammes, de suites, et il en irait de même pour la mémoire kinesthésique. On pourrait expliquer l’absence ou la quasi absence de mémoire olfactive ou gustative pour deux raisons : ces sens ne sont pas particulièrement sollicités comparé aux autres sens, et il est difficilement concevables de retenir des informations sous formes olfactive ou gustative (ce qui n’empêche pas que certaines personnes ait été relevé à mettre des idées, des couleurs ou des odeurs sur les nombres).

    Je ne souhaite pas dire qu’Alain Lieury ait raison, seulement, que, si c’est le cas, cela ne démolit pas forcément et pas complètement le modèle des trois mémoires. La véhémence de ces propos ne va pas en l’aidant dans son discours.

    Ma troisième remarque englobe les avantages que je vois avec la démarche d’Alain Lieury (mais pour autant, je m’en suis fait la remarque bien avant d’avoir lu son article). Le premier avantage que je vois dans la démarche d’Alain Lieury et que je ne retrouve pas dans le modèle des trois mémoires, c’est de ce dire qu’il existe peut-être des formes de mémoires plus abstraites qui ne reposeraient pas forcément ou qu’en parties sur celles déjà évoqués, en particulier une mémoire qui ne se rattache à aucun sens, ou une mémoire qui ne se rattache que quasi-exclusivement sur le sens de l’information. Le deuxième avantage n’est pas tant sur le modèle de la mémoire que sur la manière de l’exprimer. Je ne vois pas ce qui empêche un individu d’incorporer en mémoire les informations sous un « format » différent selon la nature de l’information, voire selon la manière sensorielle dont celle-ci soit entrée en sa possession…

    Maxime

    1. Bonjour Maxime,

      Merci pour votre superbe commentaire !

      Je viens d’acheter le livre d’Alain Lieury intitulé « Mémoire et réussite scolaire » : je pense que j’en reparlerai sur le blog.

      Je suis assez d’accord avec votre analyse. La Garanderie, d’après ce que j’ai compris de sa démarche, ne parle pas de « mémoire viseulle » mais de « profil pédagogique visuel ». Son approche est par ailleurs pédagogique : il s’intéresse à la façon dont les élèves « évoquent les informations » dans leur tête : sous une forme auditive/verbale, sensorielle/kinesthésique, visuelle/imagée. Cela ne me semble pas aller à l’encontre de ce qu’expose Lieury…

      A bientôt,

      Hélène

  2. Bonjour,

    Effectivement Antoine de la Garanderie fait la distinction entre perception (perçu par les 5 sens) et évocation (losque nous sommes "coupés" des sens, que se passe-t-il dans notre tête). Chaque personne à desévocations dominantes selon les activités qu'il fait. Autrement dit, on peut entendre un texte et s'en fabriquer des évocations visuelles et vice versa. La perception est très différente de l'évocation parfois. 

    En revanche je ne connais pas Lieury, je vais aller creuser de ce côté, merci pour l'info 🙂

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