Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 10)

Cette série d'articles correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012.

Pour commencer par la partie 1 : cliquez ici.

22- Le « Code chiffre-son »

Johann Just Winckelmann inventa vers 1648 ce que Tony Buzan baptisa le « Grand système » afin de mémoriser facilement les chiffres.

Il s’agit d’un code assez simple qui permet de convertir les valeurs numériques en unités phonétiques, pouvant elles-mêmes être transcrites en mots, puis en images.

L’avantage de cette technique est sa simplicité. Vous pouvez commencer à l’utiliser dès que vous en maîtrisez les bases.

Mais personne ne remportera jamais une compétition internationale de mémorisation avec ce code. Pourquoi ?

Parce qu’il en existe de plus complexes, qui permettent de mémoriser davantage de chiffres en un temps plus bref.

La plus connue de ces méthodes s’appelle le « système personne-action-objet » ou « PAO ».
Dans le système PAO, chaque nombre de 00 à 99 est représenté par une image spécifique figurant une personne qui fait une action avec un objet.

Lorsque les images sont trouvées pour les 99 nombres, il est possible de mémoriser directement des groupes de 6 chiffres en associant la personne du premier, à l’action du second et à l’objet du troisième.

Contrairement au Code chiffre-son, les cents associations du système PAO sont complètement arbitraires et doivent être apprises d’avance.

Mais le système est très puissant car il génère une image unique pour chaque nombre de 0 à 999 999. Et comme son algorithme produit des images improbables, celles-ci tendent par nature à être mémorables.

Les athlètes mentaux utilisent ce système pour mémoriser les paquets de jeux de cartes. Chacune des 52 cartes est associée à sa propre image personne-action-objet.

23- Trois problèmes à résoudre

Pendant son entraînement, Joshua Foer se trouva confronté à trois difficultés majeures qu’il ne parvenait pas à dépasser :

Premièrement, ses « images » se mélangeaient : Ed lui conseilla de se concentrer sur un élément saillant de la chose qu’il essayait de visualiser. Il est également possible de changer certaines images dont les contenus sont trop proches.page22image21576

Deuxièmement, les images créées disparaissaient parfois trop rapidement : Ed lui dit qu’il fallait qu’il connaisse mieux ses images et qu’il les médite pour leur associer des sons, des odeurs, des dimensions, etc. Plus une image est multidimensionnelle, mieux on s’en souvient.

Enfin, certaines images le mettaient vraiment trop mal à l’aise : Ed lui conseilla d’éliminer sa mère de son jeu de carte.

24- Etre éduqué, c’est avoir la capacité de retrouver une information à volonté, pour être en mesure de l’analyser

Dans le cadre de ses recherches sur la mémoire, Joshua Foer réalisa l’exploit d’obtenir un entretien privé avec Tony Buzan. Ce dernier lui raconta alors comment il en vînt à se passionner pour tout ce qui concernait « l’exploitation de notre cerveau » : mémoire, lecture rapide, créativité, etc.

Tony Buzan découvrit l’art de la mémoire avec son professeur d’anglais en première année d’université. Ce dernier maîtrisait le Code chiffre-son et fit une démonstration de ses capacités de mémorisation dès la rentrée, qui eut le don de grandement impressionner le jeune Tony Buzan.

Il alla donc à la bibliothèque et demanda un livre sur le fonctionnement du cerveau à la bibliothécaire. Il fut orienté vers des ouvrages de médecine alors que ce n’était pas ce qu’il cherchait.

Son souhait était de trouver un livre dont l’ambition aurait été de servir de « manuel d’exploitation du cerveau » : comment celui-ci fonctionne-t-il et comment exploiter au mieux toutes ses potentialités ?

25- Les Mind maps

Auteur de plus de 120 ouvrages sur le sujet de la mémoire, de la lecture rapide et de l’apprentissage, l’invention la plus médiatisée de Tony Buzan est très certainement la Mind map (ou carte mentale ou encore schéma heuristique).

La Mind map forme une sorte de plan en étoile coloré qui « irradie » sur la page, un réseau d’associations qui ressemble aux dentrites d’un neurone. Cet outil de représentation des informations sous une forme non linéaire et analytique est présenté comme un moyen unique pour comprendre et mémoriser tout type d’informations.

Buzan insiste avant toute chose sur l’aspect créatif de la mémorisation.

Plus nous avons de faits et d’idées à disposition dans notre mémoire, plus nous avons de facilité à associer ces faits et ces idées entre eux et mieux nous sommes à même d’inventer de nouvelles idées.

En 1973, Buzan réalisa à la demande de la BBC une série de 10 émissions sur son travail. Il continua ensuite à développer ses idées, dont beaucoup sont empruntées directement aux traités de l’Antiquité et de la période médiévale.page23image24856

Dans la communauté des mnémonistes, les avis sur Buzan peuvent être scindés en deux camps :

  • –  Ceux qui voient en lui la réincarnation du Christ,

  • –  Ceux qui lui reprochent de s’être enrichi en colportant des idées largement surestimées, souvent sans la moindre valeur scientifique, sur le cerveau.

26- Approche critique des procédés mnémotechniques

On peut reprocher aux procédés mnémotechniques de fabriquer un savoir décontextualisé.

Au fond, ils sont très superficiels et s’apparentent à un ersatz d’apprentissage : un apprentissage sans compréhension.

Cependant, les enseignements que les procédés mnémotechniques nous donnent sur le fonctionnement de la mémoire sont innombrables :

  • –  Il faut des connaissances pour acquérir des connaissances.

  • –  Nous avons besoin d’un cadre conceptuel pour intégrer de nouveaux contenus.

  • –  Etc.

     

L’intelligence, c’est bien plus que la mémoire. Mais la capacité à mémoriser possède de multiples liens avec notre capacité à comprendre et réfléchir. Lesquels ? Ce n’est pas l’objet de ce livre d’en parler.

27- Epilogue

Joshua Foer connaît le truc des mnémonistes : ils améliorent leur mémoire grâce à un entraînement rigoureux et à l’aide de techniques inventées dans l’Antiquité.

Après un an d’entraînement, il se présente enfin au championnat des Etats-Unis de mémorisation et…le remporte !

Il retourne alors se tester auprès d’Ericsson (le chercheur expert en expert).

Fondamentalement, il est resté le même, même s'il a développé sa capacité à réaliser des prouesses extraordinaires. Voici comment il conclut son aventure :

« En dépit de toutes les acrobaties de mnémoniste que j’étais capable de réaliser, j’étais encore coincé, fondamentalement, avec la même mémoire miteuse d’autrefois, celle qui égarait mes clés et oubliait ma voiture.

De plus, la plupart des choses dont je souhaitais me souvenir dans la vie n’étaient pas des nombres, des poèmes, des cartes à jouer ou des chiffres binaires. Même si à l’époque du lycée, je me serais senti béni de posséder ces facultés.

 

 

Ma mémoire de travail est encore limitée par cette magie du chiffre 7 qui s’impose à tout le monde. Les informations qui ne peuvent proprement se convertir en images à placer dans un palais de mémoire, j’ai toujours autant de difficultés à les mémoriser qu’autrefois.

Ce à quoi j’ai réellement formé mon cerveau, c’est à être plus consciencieux et à prêter davantage attention au monde qui m’entoure.

On ne se souvient des choses que si on décide de les remarquer.

Ce n’est pas que les techniques mnémotechniques ne fonctionnent pas, c’est qu’il est difficile de trouver l’occasion d’en tirer profit dans notre monde moderne ».

C’est ici que l’aventure au cœur de la mémoire de Joshua Foer s’achève.

On peut légitimement se demander ce que maîtriser les procédés mnémotechniques apporte réellement.

Si la mémoire n’est pas au service de la réflexion et de la compréhension, estelle autre chose qu’un « simple » jeu amusant pour éblouir l’entourage ?

Je pense pour ma part que tous les enseignements de ce livre, qui fait la synthèse de plus de 22 siècles de recherches, d’expériences et d’écrits sur le thème de la mémoire, ouvrent de multiples voies de travail et de réflexion sur la manière dont tout un chacun pourrait mieux penser, réfléchir et comprendre en maîtrisant sa capacité à mémoriser.

Comment mettre sa mémoire au service de ses capacités à comprendre, réfléchir et inventer ? C’est pour ma part cette question qui m’intéresse et à laquelle je vais m’atteler de répondre.
A bientôt,
Hélène WEBER

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