Témoignage : « Les études de sciences, entre plaisir et désillusions » par Aurélien PIERRE

Il y a quelques semaines, j'ai rencontré Aurélien PIERRE, étudiant en sciences, en échangeant avec lui via les commentaires de cet article, publié sur le site 4h18.

Cela m'a donné envie de visiter son blog (aurelienpierre.com), que j'ai trouvé particulièrement intéressant. Passionné de sciences, Aurélien est également très engagé en ce qui concerne la manière de les enseigner, et c'est ce qui m'a amenée à lui demander de raconter son parcours et ses expériences sur le site.

Vous verrez que ses réponses à mes questions rendent compte du recul incroyable qu'il a su prendre concernant ses réussites comme ses échecs. Car il ne se contente jamais de critiques gratuites. Les propositions concrètes qu'il construit en sont la preuve.

Son approche très critique de l'enseignement des sciences l'a par exemple conduit à créer Les éditions du caillou et à concevoir et proposer sur son site des ouvrages de mathématiques et de physique.

Voici les questions que je lui ai posées :

Hélène WEBER : Pourriez-vous commencer par expliquer ce qui vous a conduit à envisager des études scientifiques ?

Aurélien PIERRE : En fait, tout cela remonte au collège. Comme tout le monde, j'ai commencé la physique-chimie en 5e. J'ai intuité très vite le potentiel de cette discipline : permettre de comprendre le monde dans lequel nous vivons, dégager ses lois de fonctionnement, ses liens de causalité… 6 mois après, je savais que je voulais être physicien. J'arrachais les meilleures notes sans effort, à tel point que, certains trimestres, ma moyenne était supérieure à 20/20 (par le jeu des bonus).

L'année suivante, en 4e, j'ai effectué un stage de découverte en entreprise, au sein d'un laboratoire de recherche CNRS/Université à Nancy. Les sujets de recherche concernaient le traitement de l'eau et l'utilisation industrielle de certains minéraux (comme agent de charge dans certains polymères, par exemple). Le labo regroupait des géologues, des physiciens, des chimistes… Avec eux, j'ai appris autant en 1 semaine qu'en 2 ans de cours de physique. C'était une sorte d'ébullition intellectuelle permanente, c'était passionnant. À ce moment-là, j'ai su avec certitude que je voulais être chercheur.

S'ensuivit le lycée, en section scientifique, et un autre stage dans un laboratoire de physique des matériaux, qui regroupait recherche appliquée et recherche fondamentale. Puis le BAC S, la mention, et… la maths sup.

Je suis rentré en prépa parce qu'on me répétait qu'en dehors des Grandes Écoles, point de salut (fac = "repère de feignants, pas de moyens, peu de débouchés"). Et là, démolissage de bonhomme…

Je me suis rapidement retrouvé submergé par le boulot, moi qui n'avais jamais réellement bossé pour réussir, et j'ai oublié peu à peu pourquoi j'étais là, pris par le rythme. Avec le recul, et une approche plus approfondie de la réalité du monde professionnel, ce mode de formation m'apparaît encore plus débile. D'une part, on ne s'y forme pas, on n'y apprend pas un métier. Si vous sortez du système prépa sans faire d'école derrière, vous ne servez à rien pour un employeur, aucune compétence professionnelle n'est directement disponible chez vous.

Les connaissances que vous engrangez sont en grande partie inutiles hors du système prépa/concours. D'autre part, la prépa ne sert pas à former des gens mais à les préparer à des concours, donc à les sélectionner. Ce qui est demandé n'est pas la compréhension – d'ailleurs, on ne dispose pas d'assez de temps pour digérer – mais la rapidité dans les exercices "type concours", et la faculté à travailler beaucoup et vite de façon générale.

Passer des concours, soit. Il faut bien choisir, en prenant les meilleurs. Les préparer, soit. On ne peut pas se présenter les mains dans les poches. Mais sacrifier deux à trois ans de sa vie dans un bagne rien que pour 10-12h de concours, là, non. C'est inhumain. Une telle préparation ne devrait pas excéder 6 mois.

Je me suis donc réorienté en DUT Mesures Physiques qui, tout en étant la fac, n'était pas vraiment la fac, et proposait une formation technique et scientifique généraliste, avec beaucoup de travaux pratiques. On en sort avec un diplôme professionnalisant qui permet tout de même de poursuivre ses études. Voilà pour la propagande officielle. La réalité est assez en dessous de la publicité qu'on en fait, mais globalement, on peut s'en sortir.

En revanche, là, j'ai été échaudé par le contact des enseignants-chercheurs. Moi qui rêvais d'être "comme eux", je sais aujourd'hui que je ne m'épanouirai pas dans ce milieu, et je n'ai pas la moindre envie de leur ressembler. J'ai également eu l'occasion de découvrir, pendant mon stage de fin d'études, la R&D dans le milieu de l'industrie. Finalement, je me vois plutôt chercheur dans le privé, et si possible, pas en France.

Si je devais résumer mon parcours, je dirais que les contacts que j'ai eus avec le monde professionnel m'ont toujours (re)motivé et conforté dans mes projets de carrière, quand le monde scolaire et universitaire semblait s'employer à m'en dégoûter. Je suis de plus en plus passionné par la physique, mais de plus en plus désespéré de voir avec quelle nullité la plupart des enseignants transmettent cette merveilleuse discipline.

 

Hélène WEBER : Je trouve en lisant votre expérience que l'on sent à la fois beaucoup d'enthousiasme…et beaucoup d'amertume. Je ne remets absolument pas en question le bien fondé de vos critiques, j'aimerais simplement mieux les comprendre.

Effectivement, les connaissances assimilées en prépa ne sont pas directement applicables en entreprise. Je reprends vos propos mais je pense pour ma part important de les nuancer. Vous dites que vous vous êtes rapidement retrouvé submergé de boulot. Qu'est-ce que cela vous a appris sur vous -mêmes ?

Les connaissances fondamentales sont-elles véritablement "sans aucune utilité" ? Qu'apprend-on finalement lorsque l'on se trouve confronté à des difficultés de compréhension et de mémorisation ? Avez-vous persévéré un peu ou avez-vous abandonné rapidement pour envisager une réorientation ?

Pour vous, à partir de "quoi" devient-on un bon chercheur ? Quelle serait une formation adaptée ? Vous dites que la prépa ne permet pas d'apprendre un métier. C'est vrai. Mais vous dites également qu'elle ne forme pas. Pensez-vous réellement que l'on n'y apprend rien ?

Vous dites ensuite que vous ne voulez pas ressembler aux "enseignants-chercheurs". S'ils sont TOUS à "jeter", sûrement l'institution est-elle davantage à blâmer que les individus en tant que tels. Pour vous, en quoi le fonctionnement de l'institution universitaire induit-elle les comportements que vous dénoncez ?

Vous semblez (je me permets…) avoir une vue quelque peu idéalisée de l'entreprise. N'avez-vous pas également eu l'occasion de développer votre sens critique concernant ce milieu ? Faire de la recherche dans le public vous avait enthousiasmé en 4e, pourquoi ?

Vous avez une haute opinion de ce que "devrait" être l'enseignement des sciences. Vous devez tout de même avoir eu au cours de votre cursus des profs que vous jugiez "bons". Quelles étaient leurs qualités ?
Avez-vous vous-même le goût et/ou l'envie d'enseigner ? Quelles sont vos principales préoccupations quand vous occupez cette place ?

Enfin, pourriez-vous parler du livre que vous avez écrit ? Pourquoi vous semblait-il y avoir un manque concernant l'enseignement de la trigonométrie ? Que pensez-vous apporter de novateur ? Quelle est la démarche de transmission des connaissances que vous avez suivie ? Pourriez-vous donner un exemple concret de la manière dont vous expliquez une notion ? Quels sont les atouts de votre livre ?

Aurélien a également pris le temps de répondre à toutes ces questions…

Vous découvrirez ses réponses (très étayées et inspirantes) dans le prochain article : Témoignage : "Plaidoyer pour un meilleur enseignement des sciences : de la prépa à l'université" par Aurélien PIERRE.

 

Aurélien PIERRE

Son blog : aurelienpierre.com

Son compte twitter : @AurelienPierre

Cours de trigonométrie

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