Comment devient-on écrivain ? Mon interview de Thomas Raphaël

Cette année, j'ai eu un coup de coeur pour les romans de Thomas Raphaël. En particulier le dernier…

Je l'ai donc contacté pour en savoir plus sur son parcours scolaire et la construction de son projet professionnel.

Comment devient-on écrivain ? 

Peut-on vivre de l'écriture ?

Faut-il s'accrocher à ses rêves ?

 

Voici ses réponses, que je trouve tout aussi inspirantes que ses livres :

 

Comment êtes-vous devenu écrivain ? Etait-ce un rêve, une envie, une lubie ou un projet planifié ?

 

Je me suis rendu compte récemment que j’ai toujours beaucoup écrit : de longues lettres à des amis, des histoires dans ma tête à l’arrière de la voiture, des magazines imaginaires que je photocopiais dans le bureau de mon père.

C’est à 20 ans que l’idée d’écrire un roman est arrivée. Je crois que ce sont Les chroniques de San Francisco qui ont été un déclic : je me suis dit que je voulais retransmettre à d’autres le plaisir que j’avais ressenti en les lisant.

Je venais de passer une année de stage à Prague et, sans doute pour la dernière fois de ma vie, j’avais 3 mois entièrement libres devant moi.

J’ai été assidu : à l’automne, j’avais un texte !

Mais je manquais d’outils structurels pour faire tenir mon histoire. Je n’avais que les émotions – ce qui est déjà important – mais pas l’architecture pour les organiser de façon cohérente.

Deux ans plus tard, j’ai compris, via des livres sur la technique du scénario, de quoi est fait une histoire.

Puis j’ai travaillé un an dans les coulisses d’un feuilleton pour la télévision. L’année suivante, j’ai écrit La Vie Commence à 20h10.

Avec le recul, je suis content d’avoir eu du temps pour cultiver mon propre univers, librement, sans ambition formulée, avant d’entrer dans une phase plus professionnelle.

 

Quel est votre parcours scolaire et professionnel et quels sont vos meilleurs et moins bons souvenirs d’école ?

 

Les seules matières qui m’ont posé problème sont celles dont les professeurs ne m’expliquaient pas l’intérêt. Le latin, par exemple : « pour ta culture générale » ou « pour si tu deviens pharmacien » ne suffisaient pas.

Pareil pour les nombres imaginaires en maths. Quand je posais la question de l’utilité, mes profs répondaient : « tu verras si un jour tu deviens ingénieur en électricité ». Là, mon cerveau bloque. Je ne suis pas un robot, je ne peux pas dissocier l’apprentissage et l’usage.

 

Quant à mon pire et mon meilleur souvenir scolaire, c’est le même. Après le bac, j’ai passé l’été à la prépa Lakanal en vue du concours de Sciences-Po en septembre.

C’était formidable : les profs étaient intelligents, présents, pour la première fois je rencontrais des gens qui étaient là pour nous faire progresser, pas pour nous juger.

Après le concours, en attendant les résultats, je suis rentré à Bordeaux pour commencer une année de prépa HEC au lycée Montaigne. Et là… l’horreur. Ca a commencé par deux heures de philo avec un prof incompréhensible, qui confondait intelligence et érudition, et qui cherchait à impressionner au lieu de transmettre. Puis deux heures de maths avec un prof qui a voulu nous terroriser, à croire qu’on lui avait dit qu’on était des repris de justice.

Je suis rentré chez moi à midi, j’ai pleuré toute l’après-midi (pire souvenir), et le soir j’ai décidé de ne pas programmer mon réveil pour le lendemain (meilleur souvenir). Je n’ai pas voulu m’infliger ça.

 

Par chance, trois semaines plus tard, les résultats de Paris étaient positifs. Heureusement, car je n’avais pas de filet de secours… Je préfère tellement l’esprit de Sciences-Po qui, à la façon des universités américaines, apprend aux étudiants à penser par eux-mêmes, au modèle des classes prépa françaises qui voient les élèves comme des soldats.

 

Par la suite je n’ai pas fait d’école spécifiquement liée au scénario. Il existe des programmes très bien pour le scénario, mais de façon générale les métiers de l’écriture sont des parcours personnels sans voie tracée.

 

Que diriez-vous aux étudiants qui aimeraient réaliser leurs rêves et vivre de leur passion, mais qui se résignent à choisir des études aux débouchés assurés ?

 

1/ Je leur dirais de véritablement sonder leurs motivations profondes. Car il y a des rêves qui sont en nous pour de mauvaises raisons. Etre célèbre, par exemple, est une très mauvaise motivation, quel que soit le champ d’action. Si le rêve entre en résonnance avec le sens profond que vous voulez donner à votre vie alors, oui, ça vaut la peine de se poser des questions… surtout que dans ce cas :

2/ Vous n’avez pas le choix. Si votre rêve est LE sens que vous voulez donner à votre vie, alors vous êtes coincés, les amis. On est tellement plus fier des risques qu’on prend (même quand on échoue) que de ceux devant lesquels on recule (par lâcheté).

Aujourd’hui, pouvez-vous vivre de l’écriture ? Et si non, comment êtes-vous parvenu (ou pas d’ailleurs) à vous organiser professionnellement pour exercer une activité qui vous correspond, tout en accordant de la place à ce qui donne un sens profond à votre existence ?

 

Aujourd’hui, je gagne principalement ma vie en écrivant des scénari pour la télévision. 

 

Retrouvez toute l'actualité de Thomas Raphaël sur son site thomasraphael.fr

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