Comment mémoriser efficacement les informations dans le cadre des matières littéraires ?

Certaines personnes aiment apprendre indépendamment du contexte, de l'enseignant, de la discipline ou du sujet traité. Intégrer de nouvelles connaissance est une récompense suffisamment stimulante pour maintenir leur concentration comme leur intérêt. Elles ouvrent un livre et ne le referme qu'une fois terminé. Elles étudient en compilant les références, les auteurs et les ouvrages sans difficulté. 

Je vous avoue que j'aurais bien aimé faire partie de ces étudiants-là. 

Je saurais aujourd'hui bien plus de choses que je n'en sais. Je serais capable également de réfléchir bien plus vite et d'imaginer des réponses innovantes à de nombreux problèmes. Car si je savais davantage de choses, je pourrais sûrement les mettre en lien avec d'autres informations avec plus d'efficacité…

Bref. J'aurais bien aimé que mon goût du savoir soit intarissable. Quelles que soient les circonstances. 

Le problème est que je ne mémorise efficacement que ce qui va m'être utile. J'ai besoin de comprendre "à quoi ça va me servir". 

En tant qu'enseignante, j'aimerais bien pourtant que mes étudiants me croient sur parole quand je leur explique que "mais si, bien sûr que ça va leur être utile…mais ils sont encore trop jeunes pour s'en rendre compte…". Même écrire cette phrase est insupportable pour moi : lorsqu'un étudiant doute de l'intérêt de ce que j'enseigne (et me le dit ou me le montre…par son ennui souvent ostensible), une part de moi se dit toujours que c'est lui qui a raison et qu'il faut que j'approfondisse le "pourquoi du comment".

Il se trouve par ailleurs que le fait d'anticiper l'usage concret de ce que l'on se donne pour objectif de mémoriser est justement ce qui nous permet de le garder en mémoire. Pour se souvenir, il faut un projet. Même celui ou celle qui aime apprendre "simplement pour savoir" s'imagine en train de raconter ce qu'il sait ou se voit déjà avoir toutes les réponses dans telle ou telle situation. 

Mais que faire si vous êtes comme moi ? Comment envisager la réutilisation d'informations historiques, de connaissances en littérature, philosophie ou poésie du 17ème siècle ?

En mathématiques, physique ou sciences naturelles, votre objectif est d'être capable de savoir résoudre des problèmes. Chaque théorème, définition ou notion vous permet de trouver la solution à divers exercices. Mais quel est le "problème à résoudre" dans le cadre des disciplines littéraires ? Quelle est l'utilité de connaître les courants philosophiques depuis l'antiquité, les peintres qui ont initié le mouvement impressionniste ou les causes de la guerre froide ?

Je vous propose de donner quelques éléments de réponse à ces questions afin de vous aider à envisager des moyens efficaces de mémoriser les informations dans les disciplines littéraires :

– nous verrons que les exercices sont aux mathématiques ce que la dissertation est à la philosophie,

– qu'il est évidemment possible (et nécessaire) d'envisager l'utilité de ces disciplines au-delà de la réussite d'un examen,

– et enfin comment faire concrètement pour favoriser leur mémorisation au moyen de procédés mnémotechniques adaptés. 

 

1- Les exercices sont aux mathématiques ce que la dissertation est à la philosophie

Lorsque vous révisez le baccalauréat, vous avez peut-être l'impression que les connaissances à maîtriser en mathématiques sont limitées alors que celles que vous devriez connaître en philosophie sont infinies. C'est à la fois vrai et faux.

En mathématiques, il est possible d'avoir une vue d'ensemble du programme : vous savez quels sont les thèmes qui peuvent tomber à l'examen et si vous avez révisé tous les exercices-types qui figurent dans vos annales, vous avez peu de chances d'être surpris au moment de la découverte du sujet. 

En philosophie, il existe également un programme. Mais la matière semble tellement nouvelle et ses champs d'application tellement vastes, que vous pouvez vous sentir noyé sous la masse de ce qu'il faudrait selon vous savoir pour répondre aux exigences de l'épreuve. Il en est de même en littérature. Les siècles ont chacun leurs courants, leurs auteurs, leurs oeuvres… Comment sélectionner ce qui sera "utile", comment apprendre ce qui sera nécessaire ?

Vous pouvez avoir le sentiment que de toute façon, vous allez vers l'inconnu. Les questions qui vous seront posées peuvent être si diverses que vous n'avez aucun moyen de vous préparer d'une manière qui vous garantira de réussir. C'est du moins ce que vous pensez. Donc, soit vous abandonnez d'emblée (à quoi bon consacrer du temps et de l'énergie à une épreuve dont vous maîtrisez si peu les règles du jeu), soit vous vous donnez pour objectif d'en mémoriser le plus possible…on verra bien si ça porte ses fruits.

En réalité, les mathématiques et la philosophie sont plus proches qu'on ne le pense…

 

2- Compiler des connaissances…pour quoi faire ?

 

 

Ce qui est demandé aux étudiants dans le cadre des matières littéraires comme la philosophie, c'est de savoir organiser leur réflexion dans le cadre d'une dissertation. Ce que vous devez apprendre à faire dans le cadre de ces disciplines : c'est penser.

Je ne vais pas développer les arguments qui permettent de justifier l'importance des matières telles que l'histoire, la philosophie ou la littérature dans un cursus scolaire, mais ayez à l'esprit que pour former une société au sein de laquelle les gens ont le souci des autres, développent leur créativité, proposent des solutions innovantes aux problèmes de notre temps, il ne suffit pas de savoir lire, écrire et compter. Je vous invite à découvrir le résumé que j'ai fait du livre de Daniel Pink intitulé L'homme aux deux cerveaux pour vous en convaincre.

Ainsi, lorsque vous révisez "efficacement" un cours de mathématique :

– vous mémorisez les connaissances dont vous avez besoin pour résoudre les exercices (=connaissances),

– vous apprenez à maîtriser leur mode d'emploi (=outils),

– vous vous entraînez à rédoudre des problèmes inédits qui nécessitent ces connaissances (=problèmes).

Parallèlement, la méthode pour apprendre dans le cadre des matières littéraires devrait ressembler à cela :

– vous mémorisez des connaissances (=notions, auteurs, oeuvres, concepts…),

– vous apprenez leur mode d'emploi (=méthodologie de dissertation),

– vous vous entraînez à résoudre des problèmes (=sujets de dissertation).

Les "problèmes" en philo ou en littéraiture, ce sont les sujets de dissertation. Et le mode d'emploi des connaissances correspond à la méthodologie de dissertation : comment problématiser un sujet (autrement dit, transformer une question ou un sujet inerte en problème à résoudre), comment construire un plan, une introduction, rédiger un paragraphe, articuler un apport théorique à sa réflexion, etc.

(Je crois que si j'avais compris ça au lycée, cela m'aurait permis d'apprendre beaucoup plus efficacement. Et de savoir pourquoi j'apprenais. Parce qu'en réalité, je n'ai pris conscience de tout cela que très récemment…)

Si vous progressez dans votre capacité à "disserter", vous allez beaucoup plus facilement être en mesure d'envisager comment réutiliser les informations que vous vous donnez pour objectif de mémoriser.

Mais comment faire concrètement ?

 

3- Pour progresser dans votre capacité à "problématiser", il vous faut un hameçon !

Pour commencer, il vous faut apprendre à maîtriser l'exercice de la dissertation :

– problématiser un sujet

– élaborer un plan

– rédiger une introduction et une conclusion

– rédiger un paragraphe argumentatif et/ou illustratif

– articuler votre réflexion à des apports théoriques (= les connaissances à mémoriser)

– illustrer vos arguments par des exemples

– etc.

 

C'est une étape essentielle car il s'agit du "mode d'emploi" de vos connaissances. Sinon, c'est un peu comme si vous mémorisiez des théorèmes et des définitions en maths, mais sans vous poser la question de savoir comment vous allez vous en servir : vous ne seriez alors en mesure de résoudre aucun exercice.

Ensuite, vous allez travailler à organiser les connaissances que vous souhaitez mémoriser (= vous les listez, les triez, les sélectionnez, les hiérarchisez…), de telle sorte que vous pourrez les convoquer efficacement au moment voulu

Vous pouvez alors envisager plusieurs méthodes :

 a) Vous vous donnez pour objectif de connaître un sujet en particulier : un auteur, un courant de pensée, une oeuvre, une période historique…

Il faut alors que vous partiez de votre thème, pour ensuite décliner des sous-thèmes qui vous permettront de compiler les notions-clés et les mettre en lien. Pour réaliser ce travail, la méthode qui me semble la plus indiquée est de procéder par mind map (cliquez sur le lien pour découvrir cet outil, sachez également que de nombreux articles de ce blog lui est consacré).

Cette première méthode a de multiples qualités et avantages, que pouvez apprécier en (re)lisant ces deux articles :

Apprendre à réfléchir par soi-même…

Comment lire un livre efficacement ?

b) Vous pouvez partir de votre programme pour définir vos thèmes : pour chaque thème, définissez les auteurs, les informations historiques, les oeuvres et les paradigmes afférents

c) Vous pouvez également partir des sujets de dissertation à traiter : à partir de chaque sujet, vous déclinerez les connaissances mobilisables

Vous définissez les grandes thématiques de votre programme.

Dans le cadre de chaque thématique, vous compilez une dizaine de sujets de dissertation possibles (que vous trouverez en faisant des recherches sur internet, en bibliothèque et/ou en consultant des annales).

En partant de chaque sujet, vous travaillez à :

– définir une ou plusieurs problématique,

– compiler des connaissances pertinentes (en faisant des recherches dans vos cours, dans des manuels, des ouvrages, sur internet, etc.),

– imaginer un ou plusieurs plans.

En suivant cette démarche, vous vous entraînez à "disserter" en même temps que vous organisez vos connaissances (ce que favorise vos capacités de réflexion). Vous mettez également vos connaissances en lien les unes avec les autres de manière logique (ce qui favorise à la fois vos capacités de compréhension et de mémorisation).

Si vous effectuez ce travail sous forme de mind maps, vous pourrez les réactiver facilement pour les mémoriser.

 

 

3 thoughts on “Comment mémoriser efficacement les informations dans le cadre des matières littéraires ?”

  1. Comme d'habitude, explications très claires et pratiques. Je vais mettre dès aujourd'hui en application sur mes sujets d'étude!! Merci encore pour votre partage et vos conseils!

  2. Excellent article!

    Commencant une première année de droit l'an prochain et voulant préparer des concours de la fonction publique et de sciences po, je commence à lire des livres censés m'apporter les connaissances nécessaires en culture générale. Le souci, c'est que la méthode de la dissertation ne m'est pas familier en philosophie où je n'ai jamais été capable de formuler une problématique correcte (heureusement je le faisais avec assez de réussite en SES, Histoire…). Je fais des fiches synthétiques mais j'ai du mal à m'imaginer "utiliser" ces connaissances dans une dissertation, je saurai peut être l'an prochain.

    1. Bonjour Julien,

      L’important déjà est de bien faire cette distinction entre les connaissances à mobiliser et la manière de les utiliser. Vous pouvez « savoir plein de choses » et ne pas répondre aux attentes parce que vous n’aurez pas saisi le « mode d’emploi » de ce que vous savez.

      Je vais proposer un article sur le sujet de la dissertation bientôt. J’espère qu’il vous sera utile.

      A bientôt,

      Hélène

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