Le Design Thinking au service de l’éducation par Laurène Castor

Je suis en train de suivre un MOOC sur le Design Thinking conçu et animé par Laurène Castor. Je partage avec vous l’interview que j’ai réalisée avec elle pour faire connaître son travail. J’espère que son parcours vous inspirera autant qu’il m’a inspirée !

Quel est votre parcours (pro et perso), et comment vous a-t-il conduit à concevoir ce MOOC sur le Design Thinking ?

J’ai mis un certain temps à trouver ma vocation, alors j’ai suivi des études au gré de mes envies et de mes besoins.

J’ai commencé par une classe préparatoire littéraire et me suis spécialisée en philosophie (j’ai toujours été fascinée par les questions élégamment posées).

Au terme de 3 ans, j’ai passé les concours pour rejoindre une école de commerce afin d’avoir une formation en management, le but étant de devenir « plus » employable : c’était en 2008, à l’époque de la crise des subprimes.

Cette crise laissait envisager pour ma génération un avenir professionnel plus complexe. Les matières comme le Marketing ou la Finance ne m’enthousiasmaient pas vraiment, c’est pour cela qu’à la fin de mon Master, j’ai choisi une spécialisation en Développement Durable.

Cette filière m’a permis étrangement de trouver ma voie dans l’éducation et le métier que j’exerce aujourd’hui : j’y ai vu un lien entre le développement de l’être humain et l’apprentissage tout au long de la vie.

Je sentais la nécessité de revoir le système éducatif autrement pour permettre aux générations futures de naviguer dans un futur incertain et un monde en perpétuel changement. Le paradigme économique était perturbé, la stabilité professionnelle n’était plus garantie : je savais qu’une partie de la solution résidait dans notre capacité à penser hors du cadre, à innover, à inventer de nouveaux modèles et à fonder une pédagogie autour de l’humain.

Cette approche embrasse le Design Thinking et m’a tout de suite passionnée. C’est donc naturellement que je me suis tournée vers la méthodologie des designers et que je l’ai liée à mon travail de pédagogue.

Après plusieurs années à avoir éprouvé cette méthode, il me semblait essentiel de la partager et le moyen qui m’a paru le plus adapté était un cours vidéo en ligne. J’y condense l’essentiel de ce que j’ai appris pour permettre aux gens de développer et mener des projets sous l’angle de la créativité et de l’innovation. 

Découvrez le cours en ligne de Laurène en cliquant sur ce lien.

Quels ont été vos trois expériences significatives en lien avec le Design Thinking ?

Ma première expérience significative avec le Design Thinking est évidemment sa découverte. A l’époque, j’ai beaucoup lu sur le sujet, et je me suis lancée dans la traduction en français d’un guide pratique de 40 pages créé par IDEO, l’agence d’innovation à l’origine du Design Thinking. Ce travail m’a permis d’entrer en profondeur dans la logique de la méthodologie et d’en comprendre toutes les subtilités.

La seconde expérience significative avec le Design Thinking c’est le moment où je suis passée à la pratique, sur le terrain. J’ai d’abord utilisé la démarche à des fins personnelles : je m’en servais pour être plus innovante dans ma vie professionnelle. J’étais à l’époque ingénieure pédagogique et cela me permettait d’appliquer une méthode d’innovation, étape par étape, à des projets réels, en l’occurrence la création de nouveaux programmes éducatifs. Ma créativité m’a fait remarquer au sein de l’entreprise dans laquelle je travaillais et m’a valu une bonne réputation : j’étais vue comme quelqu’un d’innovant, de créatif, et les gens venaient vers moi pour cette raison.

La troisième expérience significative avec le Design Thinking, c’est lorsque j’ai décidé d’essayer de l’enseigner, de transmettre cette philosophie aux autres. Mais comment enseigne-t-on la curiosité ? Comment enseigne-t-on la créativité ? Ce sont de réelles questions. Je me les suis posées parce que je devais me battre contre un préjugé qui a la vie dure : la créativité est perçue comme quelque chose d’inné qui concerne un petit nombre d’élus seulement.

C’est à la fois vrai et faux : la créativité est une dimension déjà présente dans l’intelligence humaine, mais c’est aussi quelque chose qui se nourrit, qui se muscle. Cela veut dire que tout le monde peut être créatif, peut progresser et comprendre comment être plus innovant au quotidien. C’est ce que j’essaie de faire comprendre via mes enseignements.

En quoi le Design Thinking peut-il selon vous apporter quelque chose à la pédagogie ? 

Je vois effectivement un lien indéfectible entre design et pédagogie. Design est un terme anglais que l’on traduit en français par conception. Il désigne la démarche, centrée sur l’humain, qui consiste à créer des produits ou des services sur mesure, adaptés à un besoin précis. Le designer est donc un ergonome, qui apporte des solutions de façon à répondre aux attentes des utilisateurs, en proposant quelque chose de simple à appréhender, d’agréable à prendre en main.

Selon moi, la pédagogie doit avoir la même vocation : répondre à un besoin d’apprentissage, d’acquisition de compétences via un format et des livrables « user-friendly », autrement dit, bien conçus : esthétiques, pratiques, utiles et efficaces.

Comment le Design thinking peut-il être une source d’inspiration pour les enseignants ? Avez-vous des exemples ?

J’utilise le Design Thinking pour créer mon matériel pédagogique et mes parcours de formation.

C’est une technique qui me permet de mettre à profit les 5 étapes de la méthode (Empathie – Définition – Idéation – Prototype – Test) dans la création de contenus pédagogiques qui sortent du lot.

La phase d’empathie est essentielle pour comprendre mes étudiants, leurs besoins et leurs attentes.

La phase de définition me permet de prendre un angle pédagogique qui va captiver mon cœur de cible.

Il me reste ensuite à mettre en marche le travail de conception : je passe d’abord par une phase de brainstorming (la phase d’idéation) puis par une phase de prototype, au cours de laquelle je développe mon contenu. Un contenu que je peux tester facilement (c’est la dernière phase) puisque l’essentiel est en ligne.

Un grand nombre de participants peut donc expérimenter. Et en fonction des résultats, de leurs retours critiques, je peux améliorer le contenu. Il s’agit de la boucle prototype-test : je repasse en prototype pour améliorer la première version. Et ainsi de suite, jusqu’à arriver à un produit hautement appréciable. Mon cours sur le Design Thinking sur Udemy correspond en réalité à ma 3èmeitération. Au fil du temps, j’ai enlevé ce qui ne plaisait pas, et ajouté ce qu’il manquait, notamment développé le côté mise en pratique via des exercices et des ressources directement applicables pour des projets réels.

Je pense que cela devrait être une source d’inspiration pour tous ceux qui enseignent : la démarche est noble et pousse à l’humilité : savoir se remettre en question et s’adapter à ce dont les étudiants ont réellement besoin pour apprendre et progresser.

Il s’agit de sortir de son rôle d’expert pour se mettre en empathie et en capacité de comprendre les blocages, les freins cognitifs, les besoins non exprimés pour in fine proposer une expérience éducative à forte valeur ajoutée.

Vous vivez actuellement une vie de nomade, pourriez-vous nous parler de votre expérience ? Quels sont vos principaux apprentissages dans le cadre de ce projet de vie ?

En 2017, j’ai décidé de quitter la France pour voyager à l’autre bout du monde.

Je me sentais à un moment charnière : je devais partir à ce moment-là, surmonter ma peur, sortir de ma zone de confort pour vivre quelque chose de différent, sinon je ne l’aurai jamais fait.

Je suis donc partie en Nouvelle-Zélande, où j’ai fait le tour du pays en vivant dans un van aménagé pendant près d’un an.

Je suis ensuite allée en Polynésie où j’ai vécu sans dépenser d’argent, en faisant du stop et en dormant chez l’habitant. Je vis maintenant en Australie depuis plus de 8 mois en alternant travail et voyage.

Cela fera bientôt deux ans que je vis sur la route, sans pour autant avoir abandonné mon activité professionnelle : elle s’est simplement adaptée à mon mode de vie nomade (je ne travaille que de temps en temps, lorsque j’en ai besoin). Je n’ai pas de loyer à payer, je rencontre une liberté inédite et un épanouissement personnel que je ne me connaissais pas. Mais ce n’est pas toujours facile : mon confort matériel est restreint et ma situation financière en dents de scie. Pourtant, je suis plus heureuse de cette façon parce que je vis plus simplement. J’ai plus de temps pour moi. J’ai la chance d’être en découverte permanente, en mouvement constant, ce qui est très bon pour la santé de ma créativité. Cela me donne la place de penser à ce que je veux créer, à mes futurs projets, personnels ou professionnels.

Aujourd’hui, je ne m’essentialise plus à mon métier. J’ai appris à lâcher prise, à moins stresser. 

Découvrez toutes les activités de Laurène Castor sur son site en cliquant ici.

3 thoughts on “Le Design Thinking au service de l’éducation par Laurène Castor”

  1. Je suis interressé par le domaine pédagogique .Cette interview m’a vraiement touchée. La recherche des sources d’inspiration doit etre le souci de tous les enseignants.Mes encouragements pour tous les ensignants motivés et démotivés….

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