Se souvenir de tout : mode d’emploi (partie 8)

Cette série d'articles correspond à mon résumé du livre de Joshua Foer intitulé "Aventures au coeur de la mémoire", publié aux éditions Robert Laffont en 2012.

Pour commencer par la partie 1 : c'est ici.

20- Comment en sommes-nous venus à oublier les « techniques de mémorisation » ?

 Jadis, les hommes ne pouvaient rien faire d’autre de leurs pensées que de s’en souvenir.

Aujourd’hui, il semble que nous fassions l’effort de nous souvenir de bien peu de choses : nous avons substitué à notre mémoire naturelle une vaste superstructure de béquilles technologiques.

Nous écrivons les choses justement pour ne pas avoir à les garder en tête.

L’histoire de l’écriture permet de mieux comprendre comment nous en sommes venus à développer une « mémoire externe » au détriment de notre « mémoire naturelle ».

C’est au IIème siècle avant JC que les premières marques de ponctuation furent inventées. Avant cela, les mots étaient collés les uns aux autres en un flot ininterrompu de lettres majuscules appelée scriptio continua.

La phrase précédente aurait alors été rédigée de la manière suivante : AVANTCELALESMOTSETAIENTCOLLESLESUNSAUXAUTRESENUNFLOTININTERROMPUDELETTRESMAJU SCULES…

Il faut attendre le IXème siècle pour que l’espacement entre les mots devienne la norme, et que la page écrite commence à contenir suffisamment d’informations en termes de ponctuation pour que la lecture se pratique en silence.

Cependant, il n’existe pas encore de sommaire, d’index, de chapitre ou de titres.
Il est impossible de trouver une information particulière sans examiner le texte dans son intégralité.

En somme, les manuscrit en scriptio continua ne pouvaient être consultés que s’ils étaient déjà mémorisés.

Il faut savoir que notre cerveau possède le plus génial système d’indexation de mémoire vive jamais inventé : pour chaque sujet important, il possède des centaines sinon des milliers d’adresses pour tout type de données. Notre mémoire interne est ainsi non linéaire et associative.

L’apparition de l’index constitua une avancée majeure pour le livre, car elle permit d’accéder à son contenu par la méthode non linéaire grâce à laquelle nous accédons à nos souvenirs internes.

Il faut imaginer qu’avant l’apparition de l’index, les livres étaient comme les cassettes à bande magnétique qui existaient avant l’apparition du compact disc. Si vous vouliez accéder directement à une chanson enregistrée au milieu de la bande, il fallait la faire défiler entièrement.

Ainsi, le livre devenant de plus en plus facile à consulter, l’impératif de mémorisation de son contenu perdit de son importance.

De là, le concept de savoir commença à évoluer : l’érudit, autrefois celui qui possédait l’information en lui, dans sa mémoire interne, devint celui capable de trouver l’information dans le monde labyrinthique de la mémoire externe.

Il fallut alors bâtir en soi un schéma d’organisation pour accéder aux faits, aux citations et aux idées.

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